Départ ONUCI/Aïchatou Mindaoudou : « A n'en point douter, la Côte d’Ivoire ira de l’avant »

Actualités | Publié le Vendredi 30 Juin 2017 à 10:40:47 | |
 

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Départ ONUCI/Aïchatou Mindaoudou : « A n'en point douter, la Côte d’Ivoire ira de l’avant »

Ce vendredi 30 juin marque la fin effective de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Après un peu plus d’une décennie passée à œuvrer au retour et au maintien de la paix, l’ONUCI par le biais de sa chef, Aïchatou Mindaoudou, estime que le cas ivoirien est une réussite, « une success story ». C’est donc confiante en l’avenir de ce pays qui a encore beaucoup à offrir que la représentante spéciale du Secrétaire Général de l’ONU part. Mais avant, dans une note en date du jeudi 29 juin 2017, dont nous avons reçu copie, elle dresse le bilan de la mission onusienne en terre ivoirienne et réaffirme sa certitude que « la Côte d’Ivoire ira de l’avant », même si elle a encore des défis à relever. Voici le texte, fidèlement retranscrit.

 

 

Côte d’Ivoire: Consolider les acquis du maintien de la paix

"En avril 2004, les Nations Unies et la communauté internationale ouvrent une page particulière en Côte d’Ivoire, celle du maintien de la paix. Le premier producteur mondial de cacao, le moteur économique de l’Afrique de l’Ouest admiré pour son hospitalité se trouve dans une situation alarmante. Le pays est plongé dans une impasse politique après plus d’une décennie de crise politico-militaire. La Côte d’Ivoire est divisée entre le Nord et le Sud, le long d’une zone de confiance, militairement imposée.

Prenant la mesure de ce péril dans une sous-région déjà minée par des guerres civiles, le Conseil de Sécurité de l’ONU autorise, le 4 avril 2004 à travers sa résolution 1528 (2004), le déploiement de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Avec une force autorisée de 6240 casques bleus et 350 policiers la Mission a pour mandat entre autres, d’observer le cessez-le-feu, de protéger les civils, d’appuyer la mise en oeuvre du processus de paix, d’accompagner les autorités dans le désarmement la démobilisation et réinsertion des ex-combattants et de contribuer à la promotion et à la protection des droits de l’homme.

L’application des différents des accords de paix de Linas Marcoussis (2003), d’ Accra III (2004), de Pretoria (2005) et de Ouagadougou (2007), conduit à la dissolution de la zone de confiance militairement imposée. La Côte d’Ivoire se dirige vers la sortie de crise. Les mandats successifs de l’ONUCI évoluent alors intégrant de nouveaux chapitres tels que l’appui à l’organisation des élections, à la cohésion sociale et à la réconciliation nationale, le soutien au redéploiement de l’administration territoriale, les bons offices. Au plan sécuritaire, on observe également une évolution du mandat avec l’appui aux institutions de sécurité et l’accompagnement pour la prise en charge des problèmes frontaliers, ainsi que l’appui à la reconstitution et à la réforme des institutions garantes de la sécurité.

 

De la présidentielle en 2010 à celle de 2015

Le pays s’achemine vers une élection présidentielle en 2010 dont les résultats sont certifiés par les Nations Unies. Contestée, cette élection a entrainé une crise au cours de laquelle environ 3.000 personnes ont été tuées et 600.000 autres déplacées. En 2011, la Côte d’Ivoire organise des élections législatives également certifiées par l’ONU.

La présidentielle d’octobre 2015 marque un tournant décisif pour le peuple ivoirien qui renoue avec les principes démocratiques et tourne définitivement la page de la crise. C’est la première élection organisée sans violence et sans incidents depuis 25 ans dans le pays. S’en suivent des élections législatives et un référendum constitutionnel qui instaure la IIIe République et qui extirpe du texte fondamental l’article 35 considéré comme une des causes profondes du conflit.

Avec un budget annuel moyen de 600 000 mille U$D, l’ONUCI était progressivement montée en puissance. De 6 240 casques bleus en 2004, la Mission compte près de 12 000 troupes en 2011 suite à la crise post électorale de 2010. De 350 policiers autorisés en 2004, plus de 1500 seront présents en 2015. Au plus fort de son déploiement, plus de 1200 personnels civils sont à l’ouvrage en Côte d’Ivoire. L’ONUCI est déployée dans une soixantaine de bureaux sur le terrain, camps et sites à travers la Côte d’Ivoire. La radio ONUCI Fm couvre près de 70% du territoire.

Les casques bleus réalisent des patrouilles quotidiennes, la coopération entre l’ONUCI, la MINUL est accrue pour une meilleure prise en compte de la sécurité transfrontalière. La Mission est au contact à tous les niveaux avec les populations, les autorités, les acteurs politiques, la société civile, les femmes, les jeunes, les médias, les chefs traditionnels et de communautés. Pour plus d’efficacité, les activités sont fédérées entrainant une synergie d’actions autour d’une vision partagée par une équipe. Le message s’articule autour de la primauté de l’intérêt général, du respect de la loi et de la nécessité de créer les conditions de quiétude sociale à laquelle aspirent les populations, gages de l’épanouissement d’une saine démocratie.

 

La Côte d’Ivoire : De la stabilisation post-conflit vers la croissance

L’ensemble de ces efforts a permis d’améliorer l’environnement politique, la situation sécuritaire générale, le désarmement, la situation des droits de l’homme, la justice transitionnelle, le retour des réfugiés. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire évolue de la stabilisation post-conflit vers une croissance économique et sociale à moyen et long terme.

Ces progrès ont aussi été rendus possibles grâce à l’engagement résolu des autorités et des populations ivoiriennes ainsi que l’accompagnement de l’Equipe pays des Nations Unies (UNCT) et des autres partenaires au développement. Le 30 juin 2017, soit 14 ans plus tard, la Côte d’Ivoire ferme le chapitre du maintien de la paix, l’Opération des Nations Unies (ONUCI) baisse le rideau après avoir accompli son mandat.

 

Défis résiduels

Une opération de maintien de la paix n’est pas destinée à tout régler dans le pays dans lequel elle est déployée. La Côte d’Ivoire, après le retrait de la Mission, continuera à faire face à des défis complexes qu’il faut relever pour consolider les acquis du maintien de la paix dans les domaines de la cohésion sociale, des droits de l’homme et de la justice transitionnelle, de la réforme du secteur de la sécurité, de la démobilisation du désarmement et de la réintégration y compris la gestion des armes et le désarmement civil. Il en est de même de la défense, de la sécurité et du maintien de l’ordre. L’accès à une information équilibrée et inclusive est également nécessaire, c’est une des raisons qui sous-tend le transfert d’ONUCI FM à la Fondation Félix Houphouët Boigny pour la recherche de la paix. Après le départ de l’ONUCI, l’Equipe pays des Nations-Unies (UNCT), les Agences, Fonds et Programmes, continueront à accompagner le Gouvernement et le peuple ivoirien dans la pérennisation des acquis en matière paix et de stabilité́.

 

Les Leçons

L’ONUCI, sans aucun doute, a obtenu des résultats qui lui valent aujourd’hui d’être citée comme une « success story ». Trois leçons essentielles ressortent de l’expérience de l’ONUCI et qui pourraient s’appliquer dans d’autres contextes de maintien de la paix.

La première se rapporte à l’importance du leadership du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le Conseil a donné un mandat politique fort au chef de mission et a été très proactif dans l’ajustement approprié le cas échéant, des mandats successifs de l’ONUCI afin d’éviter les empiètements. Le Conseil a également soutenu les initiatives de coopération intermission en Afrique de l’ouest ce qui a augmenté l’impact stratégique et opérationnel des missions contiguës.

La deuxième concerne l’existence d’une coalition de partenaires internationaux. Le maintien de la paix à des chances de réussir dans des contextes où un ensemble de partenaires internationaux met tout en oeuvre pour atteindre un même objectif: la paix et s'assurer qu'il existe un cadre politique incluant des mécanismes de responsabilité. Les fondements du succès de l’ONUCI reposent sur les efforts de médiation de l’Union africaine, le déploiement des troupes de la CEDEAO transférées ensuite aux Nations Unies. Le succès de l’ONUCI est également dû à l’important plaidoyer des femmes de la société civile de l’Union du Fleuve Mano, le déploiement parallèle des forces françaises et l’engagement des partenaires bilatéraux et multilatéraux.

La troisième leçon est la plus importante. Une opération de maintien de la paix peut atteindre ses objectifs et se retirer dans des contextes où le gouvernement hôte est un partenaire responsable, déterminé à tout mettre en oeuvre pour la satisfaction des besoins essentiels de ses populations. Aucune opération de maintien de la paix ne peut se substituer à la volonté politique nationale pour apporter des solutions durables aux causes du conflit.

Pour une mise en oeuvre optimale de ses mandats successifs, la Mission a constamment bâti son action sur l’engagement et la détermination résolus du Peuple et des autorités ivoiriens. Un investissement collectif pour la paix qui a permis de tourner définitivement la page de la crise et d’enclencher la dynamique pour consolider les acquis du maintien de la paix, après le départ de la mission. Comme le rappelait l’ancien Secrétaire Général de l’ONU, Dag Hjalmar Agne Carl Hammarskjöld « les Nations Unies n’ont pas été créées pour nous conduire au paradis mais pour nous prévenir de l’enfer ».

Pour les Ivoiriens, il s’agit de prévenir le retour des vieux démons en oeuvrant inlassablement au renforcement de la cohésion sociale et de la réconciliation nationale. L'histoire nous enseigne que pour espérer, pour aller de l’avant, il faut savoir d’où l’on vient. A n'en point douter le peuple de Côte d'Ivoire sait d'où il vient, je suis par conséquent certaine que la Côte d'Ivoire ira de l'avant. »

 

 

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