Maroc : La campagne de boycott de certains produits prend de plus en plus de l’ampleur

Actualités | Publié le Dimanche 06 Mai 2018 à 21:34:31 | |
 

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BUZZ ACTU  

Maroc : La campagne de boycott de certains produits prend de plus en plus de l’ampleur

Trois enseignes sont jusque là dans le collimateur : la société de distribution du Carburant « Afriquia », détenue par l’actuel ministre de l’Agriculture et de la pêche maritime,  Aziz Akhannouch et l’eau minérale « Sidi Ali », dont la compagnie est la propriété  de l’actuelle présidente du patronat, Meriem Bensaleh Chakroun. La troisième marque n’est autre que « La Centrale Laitière » qui produit et distribue le lait et les yaourts.  

Tout a commencé le vendredi 20 avril 2018, sur Facebook avec un post de boycott de ces trois marques publié par la page Wavo qui compte plus de 750 000 «likes» et dont les administrateurs sont anonymes. Rapidement, l’appel au boycott s’est propagé faisant tache d’huile sur la toile et a pris de l’ampleur en se manifestant sous différentes formes de mobilisation et de manipulation: hashtag- sites internet - illustrations graphiques- rumeurs, montages vidéo, soutien par des artistes marocaines de tous les bords et même des leaders politiques.

Pour les boycotteurs l’idée est simple: s’attaquer aux leaders du marché afin que les pertes éventuelles les poussent à baisser leurs prix, puis par ricochet et selon la logique de l’offre et la demande, généraliser cette baisse à tous les acteurs.

Mais si un appel de ce genre n’est pas inusité au Maroc, c’est bien la première fois qu’il prend autant d’ampleur, même s’il est difficile d’en estimer exactement l’étendue. C’est également la première fois qu’il suscite autant de réactions, dont certaines émanent des autorités officielles.

Dans ce contexte, les réseaux sociaux ont joué un rôle important. La mobilisation par la diffusion immédiate des messages ou vidéos a bénéficié aux protestations et à la campagne du boycott.

L’accès à Internet et le développement de communautés au sein des réseaux sociaux ont rendu la diffusion des appels au boycott potentiellement plus simple et plus efficace par le biais notamment de la viralité.

Pour l’instant, seule la compagnie de la « Centrale Laitière » a réagi en publiant un communiqué dans lequel elle souligne que "cet appel accompagné d’informations erronées sur une supposée augmentation de prix a surpris l’ensemble de ses collaborateurs et a été à l’origine de propos excessifs, tenus dans l’émotion, par des cadres de la société". L'entreprise a également présenté ses excuses à tous les citoyens qui se sont sentis "offensés" par de tels propos qui ne reflètent pas la position de la compagnie.

Elle exprime son profond respect à tous les consommateurs marocains et tente de son mieux de les écouter et de les comprendre.

A l’opposé, le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Boussaid a qualifié d’« écervelés » les personnes qui soutiennent ce boycott. Lors d’une séance de questions orales au Parlement, le ministre a préféré prendre la défense de son collègue au gouvernement mais également son chef de (Rassemblement  National des Indépendants +RNI+), invectivant au passage les sympathisants de cette campagne.

Selon l'expert économiste marocain Najib Akesbi, les raisons de la campagne de boycott sont le résultat de la politique de libéralisation des prix et des marchés, sans mettre en place des mesures d’accompagnement nécessaires telles qu’elles sont reconnues au niveau international, notamment les mesures de régulation et les mécanismes de contrôle de la concurrence (gel du conseil national de la concurrence par exemple).

L’expert économiste a, dans une déclaration à un site électronique marocain, indiqué que cette campagne de boycott est l'une des nombreuses occasions permettant au citoyen-consommateur, victime de la libéralisation effrénée et des monopoles qui se constituent, de se réveiller et de prendre conscience de ses droits afin de les défendre.

Par ailleurs, et de son coté, Abdellah Houssaini, expert économiste marocain, précise dans un post sur Facebook, que le boycott, perçu par certains comme un geste de désespoir d'internautes égarés, devient une réalité déroutante pour certains business. Ce message traduit la capacité de mobilisation fulgurante des réseaux sociaux. Il traduit aussi l'inquiétude d'une population désarmée devant des associations de défense des consommateurs inaudibles, un conseil de la concurrence inefficace, un Etat qui libéralise sans réglementer, jetant le consommateur comme proie facile dans la bouche de lobbies puissants (bancaire, pétrolier......) et un parlement qui légifère pour servir les intérêts de certains acteurs économiques.

D’autres commentateurs et médias vont plus loin pour parler d’une campagne politique malveillante ayant pour objectif un règlement de comptes entre l'ex-chef de gouvernement, une ex-représentante du patronat et un actuel ministre et chef d’un parti politique. Les supposés provocateurs de ce boycott sont sortis de leur silence et nient leur ingérence et toute responsabilité dans cette campagne en précisant qu’il s’agit tout simplement d’activistes qui exercent leur droit de liberté d'expression sur les réseaux sociaux.

Expressif, le présent boycott est une forme plus généralisée et plus vague de protestation des consommateurs/citoyens envers les pratiques inacceptables de certaines entreprises ainsi que de la politique du gouvernement qui favorise la cartellisation des marchés. Une chose est sure, l’adhésion et la coopération des citoyens ne peuvent qu’amplifier l’envergure du phénomène dont les desseins sont inconnus et dans les conséquences seront fort probablement lourdes sur les plans économique et politique.

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