Burkina-Faso : Apollinaire Compaoré mise sur la banque pour se relancer

Economie | Publié le Mercredi 20 Decembre 2017 à 09:11:41 | |
 
Burkina-Faso : Apollinaire Compaoré mise sur la banque pour se relancer

Le Burkinabè, Apollinaire Compaoré vient d’acquérir une licence bancaire lui permettant de disposer d’un puissant levier de financement et surtout d’envisager des synergies avec les autres filiales de Planor Afrique.

 

À la fin du mois d’octobre, la ministre burkinabè de l’Économie, Rosine Sori-Coulibaly, a enfin transmis le courrier tant attendu par Apollinaire Compaoré. Plus de deux ans après le début de ses démarches, la commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) a émis un avis favorable à sa demande d’agrément pour la création de Wendkuni Bank International. Son groupe, Planor Afrique, contrôlera 52 % de cette nouvelle banque, la quatorzième du pays, dont les activités devraient débuter au deuxième trimestre de 2018.

La Banque régionale des marchés (BRM Bank), l’Union des assurances du Burkina (UAB, contrôlée par Apollinaire Compaoré à plus de 80 %) et plusieurs privés burkinabè complètent le tour de table de l’établissement, qui sera doté d’un capital de 12 milliards de F CFA (18,3 millions d’euros environ). Selon nos informations, les activités du nouvel établissement démarreront à Ouagadougou par l’ouverture d’une agence principale avant de se déployer progressivement dans d’autres villes du pays, comme Bobo-Dioulasso, la capitale économique, ou encore Koudougou. Wendkuni Bank International agira comme une banque universelle, en ciblant les acteurs du secteur informel, principal pourvoyeur d’emplois au Burkina Faso (près de 70 % des actifs).

Présent dans les assurances, la téléphonie, le négoce ou encore la distribution et le transport, Apollinaire Compaoré, 64 ans, entend, grâce à la création de Wendkuni Bank International, redonner un nouvel élan à ses affaires. Cet entrepreneur autodidacte, reconnu pour son flair, proche de l’ancien président de la Banque ouest-africaine de développement, Abdoulaye Bio Tchané, et de plusieurs chefs d’État de la région, comme Roch Marc Christian Kaboré, a en effet connu un passage à vide ces dernières années, notamment dans le secteur des télécoms, principale source de revenus de son groupe.

Retard dans les Télécoms

Après avoir acquis au prix fort, en 2012, la troisième licence de téléphonie mobile au Mali, il s’est d’abord brouillé avec son partenaire Cessé Komé. Puis, l’homme d’affaires a connu les pires difficultés pour financer le déploiement de son réseau, devant alors déjouer la menace d’un retrait de son autorisation par Bamako, faute d’avoir pu lancer son opération dans les délais prévus. Le démarrage d’Alpha Télécom, connu sous la marque Atel, devrait finalement avoir lieu le 28 décembre.

Au Burkina Faso, Telecel Faso, troisième acteur du marché de la téléphonie mobile (19 % des clients), dont il détient 100 % du capital et qui contribuait en 2015 à près de 70 % des revenus de son groupe – estimés à 97 milliards de F CFA – , a pris du retard sur ses concurrents Orange et Onatel (Maroc Télécom). L’opérateur a lancé son réseau 3G en avril, cinq ans après la filiale locale du groupe français, et il n’offre toujours pas les services de transfert d’argent et de paiement de facture. Sur ce segment, Telecel affirme vouloir accélérer son développement. « Nous allons lancer bientôt Telecel Money pour rattraper notre retard. Ce service sera ensuite étendu à Atel au Mali », assure le patron burkinabè.

« Dès que nous lancerons Atel, nous aurons moins de problèmes », souffle Apollinaire Compaoré

À court terme, la création de Wendkuni Bank International devrait donc laisser à Apollinaire Compaoré plus de marge dans le financement de ses affaires. Interrogé par Jeune Afrique, le self-made-man se dit néanmoins conscient des exigences du régulateur ouest-­africain. « La réglementation bancaire m’interdit d’utiliser à ma guise la banque pour financer mes propres affaires », tient à clarifier Compaoré. Même si celui qui a débuté à la fin des années 1960 en vendant des tickets de loterie, avant de créer une entreprise de vente de deux-roues, estime ses besoins à plusieurs dizaines de milliards de F CFA. Ces ressources doivent notamment permettre de financer les travaux d’extension des réseaux de Telecel Faso et d’Atel au Mali.

Investir

Le natif de Koassa, dans la région Centre-Sud, à une quarantaine de kilomètres de Ouagadougou, reconnaît avoir eu des difficultés à mobiliser les fonds nécessaires auprès des banquiers. « Dès que nous lancerons Atel, nous aurons moins de problèmes », souffle-t-il. Outre Bamako, Apollinaire Compaoré veut couvrir quelques grandes villes, telles Kayes, Sikasso, Mopti ou encore Ségou. Au Mali, il dit avoir déjà injecté plus de 100 milliards de F CFA dans les équipements fournis par le chinois Huawei et la construction d’un siège.

Des investissements mobilisés grâce aux 26 % du capital qu’il détient dans l’opérateur MTN Côte d’Ivoire. L’an dernier, ce dernier a réalisé 433,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il a aussi pu s’appuyer sur la part (35 %) détenue dans Sonar, le leader burkinabè des assurances. « Les banques ne financent jamais des projets d’une telle envergure sans garantie de remboursement. Beaucoup disent que les Africains ne peuvent investir dans les télécoms. C’est une injustice, et mon exemple est la preuve que nous pouvons réussir dans ce secteur de haute technologie », confie-t-il.

L’obtention de la licence bancaire pourra aussi lui permettre d’entrevoir sereinement l’augmentation du capital d’UAB – sa compagnie d’assurances, acquise, comme Sonar, au début des années 1990 – de 3 à 5 milliards de F CFA, conformément à la nouvelle norme du Code Cima (Conférence interafricaine des marchés d’assurances).

L’industrie des télécoms profite de l’essor de la banque mobile

À moyen terme, il s’agira également de mettre en musique les synergies apportées par Wendkuni Bank, dont le nom en mooré signifie « don de dieu ». « Du point de vue de la stratégie du groupe, il était important d’entrevoir la création d’une banque pour mettre les sociétés de téléphonie et d’assurances détenues par Planor Afrique en convergence », indique Adama Sanfo, secrétaire général du groupe et fidèle collaborateur du patron burkinabè. « C’est la vision que nous avons développée dans le cadre du business plan présenté devant la commission bancaire de l’Umoa. »

Compatibilité télécoms – banque

Banquier passé par la filiale locale de BSIC, il considère que l’apport de la banque dans la nouvelle aventure d’Apollinaire Compaoré constitue un atout important : « C’est un impératif pour Planor d’avoir un pied dans la finance. » Un mouvement de fond pour l’industrie des télécoms, qui profite de l’essor de la banque mobile. Après avoir lancé Orange Bank en France au début de novembre, l’opérateur souhaite maintenant faire de même sur le continent, probablement en Côte d’Ivoire.

L’entrepreneur confirme à Jeune Afrique : « Ces secteurs s’associent parfaitement. La banque a besoin de l’assurance et inversement, tout comme les télécoms peuvent se servir de la banque. » Mais le patron dit vouloir d’abord trouver un partenaire financier fiable avant de lancer des projets concrets. La Banque internationale arabe de Tunisie (Biat), numéro un dans son pays et déjà partenaire technique pour Wendkuni Bank International, pourrait faire figure de candidat idéal. Compaoré laisse toutefois la porte ouverte à de nouvelles alliances.

En attendant, outre le financement de ses entreprises, le sexagénaire promet que sa banque aidera les petits entrepreneurs à développer leurs affaires et apportera son concours au financement des grands chantiers économiques du Burkina Faso.

 

 

                                                        Jeune Afrique

 

 

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