“Les hauts responsables africains poursuivis devraient comparaître devant des tribunaux africains’’ (Josette Kadji, avocate internationale)

Politique | Publié le Mardi 21 Mars 2017 à 13:17:27 | |
 

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“Les hauts responsables africains poursuivis devraient comparaître devant des tribunaux africains’’ (Josette Kadji, avocate internationale)

Le samedi 18 mars dernier, Denise Epoté recevait Josette Kadji (avocate de Charles Blé Goudé) sur TV5 Monde. C’était dans le cadre de « Et si vous me disiez toute la vérité », tribune hebdomadaire offerte à  tous ceux que le devenir de l'Afrique ne laisse pas indifférents. Entre autres sujets abordés, la crédibilité de la Cour Pénale Internationale, de plus en plus remise en cause, par les Etats africains notamment. Il s’agit du deuxième extrait de leur entretien.

Lire aussi la première partie:  Josette Kadji, avocate de Blé Goudé : "La CPI peut décider de mettre le président Gbagbo et Charles Blé Goudé en liberté provisoire"

 

 

Ce procès de Charles Blé Goudé reprend en pleine critique de la CPI. En janvier, c’est l’Union africaine qui demandait à ses membres de se retirer de manière collective de la CPI. Mais quelques mois avant, certains pays notamment le Burundi, l’Afrique du Sud, l’Ouganda avait annoncé qu’ils se retiraient de la CPI. Est-ce que vous comprenez cette défiance des Etats africains à l’endroit de cette juridiction internationale ?

Oui, tout à fait. Parce qu’il n’y a rien de plus démoralisant que cette image qui se rapporte à la déportation des africains pour être jugés par un tribunal occidental. Ça rappelle certaines situations qui n’étaient pas très heureuses. Donc je comprends que les pays africains soient un petit peu choqués par cela. Vous vous rendez compte, il y a six prisonniers à la CPI et ce sont six africains uniquement.

 

En même temps Josette Kadji, tous les africains qui ont été transférés à la CPI l’ont été parce que les Etats l’ont voulu. C’était à la demande de leurs pays. Quand on prend le cas de Jean Pierre Bemba, le cas de Laurent Gbagbo, le cas de Blé Goudé. Et il y en a d’autres.

Oui, bien sûr mais on peut faire une erreur. Quand on se rend compte après que les tribunaux (nationaux, ndlr) peuvent juger toutes ces personnes. On ne dit pas qu’il faut prôner l’impunité, mais ce serait mieux que les personnes poursuivies, les présidents africains et les hauts responsables africains poursuivis dans le cadre de leurs fonctions, le soient par des tribunaux africains. Je dois vous dire qu’il existe un tribunal à Arusha, le tribunal africain pour les droits de l’homme, qui a été mis en place par l’Union africaine. Mais jusqu’à présent, il n’y a que 26 pays africains qui ont ratifié le traité. Il y a quelque chose aussi  que les africains doivent comprendre, c’est qu’il faut qu’ils se prennent en main et qu’ils aillent jusqu’au bout de leurs décisions. Quand l’Union africaine décide qu’il faut sortir de la CPI, nous les juristes africains sommes tous contents, mais il faut qu’ils aillent au bout et qu’ils étendent la compétence de ce tribunal qui existe et qui pourrait juger ces personnes.

 

Ce qu’on a surtout déploré jusqu’ici c’est que la justice africaine n’avait pas de moyens

Quand on veut on trouve les moyens. On a bien pu trouver les moyens pour juger Hissène Habré à Dakar avec un tribunal ad hoc. On vient de recréer un tribunal pour la RCA, ce que je trouve parfaitement inutile. Vaudrait mieux étendre la compétence du tribunal d’Arusha et permettre que les structures soient là, fixes, le personnel fixe au lieu de créer tous ces tribunaux ad hoc qui coûtent extrêmement cher, effectivement.

 

Alors ce qui manque à votre avis, c’est une volonté politique ? Des chefs d’Etats, des décideurs africains ?

Oui, parce que je crois que les chefs d’Etat prennent des décisions pour faire plaisir aux populations. Parce qu’ils savent qu’il y a une attente, mais qu’au fond la volonté n’est pas là. Parce qu’il n’est pas difficile de créer ce tribunal.

 

 

 

 

 

 

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