Josette Kadji (avocate de Blé Goudé) : “ Pour la paix en Côte d’Ivoire, il faudrait ramener le président Gbagbo et Blé Goudé chez eux pour qu’ils puissent parler à la population’’

Politique | Publié le Mardi 21 Mars 2017 à 14:51:38 | |
 
Josette Kadji (avocate de Blé Goudé) : “ Pour la paix en Côte d’Ivoire, il faudrait ramener le président Gbagbo et Blé Goudé chez eux pour qu’ils puissent parler à la population’’

Josette Kadji, avocate de Charles Blé Goudé, était le 18 mars 2017 l’invitée de « Et si vous me disiez toute la vérité », la tribune hebdomadaire qu’anime Denise Epoté sur TV5 Monde. A cette occasion, il a été question notamment de la probable mise en liberté de son client, de la crédibilité de la CPI de plus en plus remise en cause et de la situation sociopolitique ivoirienne. Dans ce dernier extrait de leur entretien, il est question notamment des raisons qui font douter de la CPI et de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Une réconciliation qui, pour Josette Kadji, est intimement liée à la libération de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

 

 

 

 

Lire aussi la deuxième partie :  “Les hauts responsables africains poursuivis  devraient comparaitre devant des tribunaux africains’’ (Josette Kadji, avocate internationale)

 

 

 

Vous parliez d’une justice longue à la CPI. Mais qu’est ce qui explique qu’elle soit si longue alors que c’est une justice malgré tout complémentaire, par rapport aux justices nationales ? Donc elle devrait avoir plus de moyens, à priori ?

Justement, c’est très choquant parce que dernièrement, on a suspendu les audiences en décembre, le 7 décembre. Et en audience publique le juge-président a dit que la suspension serait longue parce que la CPI n’a pas les moyens de mener trois procès à la fois et qu’il faut que ce soit deux procès à la fois, donc la suspension prendra pratiquement deux mois. Ce qui est extrêmement choquant, parce que le président Gbagbo est en détention préventive depuis 2011 et Blé Goudé depuis 2014. Ça fait long et normalement la CPI étant un tribunal  qui se veut exemplaire, qui veut montrer au reste du monde comment une justice devrait être menée,  c’est extrêmement gênant, c’est extrêmement choquant, c’est troublant que la procédure puisse être aussi longue.

 

Qu’est-ce qu’il faudrait pour que les africains aient à nouveau confiance en cette justice internationale, qui est complémentaire des justices nationales qui, elles, manquent de moyens ?

Il faudrait repartir à la genèse de ce procès. Déjà pour qu’on puisse avoir un petit peu confiance en ce tribunal, il faudrait déjà qu’on juge tout le monde. Il y a plusieurs belligérants dans un conflit. Là on voit une seule partie qui est poursuivie, alors qu’il y a des preuves, puisque c’est évident que l’autre partie ou les autres parties, parce qu’il y a Ouattara mais il y a aussi la France...Que tout le monde puisse être poursuivi.

 

Mais ce qu’on a entendu dire de la bouche de Fatou Bensouda, c’est qu’elle n’avait pas les moyens de mener des enquêtes pour pouvoir accuser les autres protagonistes de la crise ivoirienne

Vous vous rendez compte comment une telle déclaration peut être choquante ? Donc parce qu’on n’en a pas les moyens, on laisse de potentiels criminels en liberté ? Ce n’est pas du niveau de la CPI ça...

 

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, on parle de plus en plus de réconciliation nationale. Quel serait l’idéal pour cette réconciliation nationale ?

Vous savez, M. Charles Blé Goudé, c’est quelqu’un qui aime la paix, par exemple. Il a pendant longtemps fait des caravanes pour demander aux gens de se calmer, d’aller aux élections, de faire des élections apaisées...

 

Mais en même temps on l’a vu pendant la crise, c’est un meneur d’hommes. Ça, on ne peut pas le nier...

C’est un meneur d’hommes, mais il a toujours eu un discours de paix. Il a toujours demandé que l’on fasse une révolution aux mains nues. On n’a jamais entendu un discours  et jusqu’à présent même devant la CPI dans lequel Blé Goudé disait « allez tuer, allez ceci ». A telle enseigne que cette fameuse phrase qu’on a voulu lui coller, c’est-à-dire « A chaque Ivoirien son Français », le procureur a reconnu, il n’y a pas très longtemps, que ce n’était pas une phrase prononcée par Blé Goudé mais par quelqu’un d’autre. Donc, pour revenir à votre question, pour ramener la paix en Côte d’Ivoire, je pense qu’il faudrait ramener le président Gbagbo et Blé Goudé chez eux pour qu’ils puissent parler à la population pour que les choses se calment, parce que la Côte d’Ivoire n’est pas en paix.

 

 

 

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