Josette Kadji, avocate de Blé Goudé : "La CPI peut décider de mettre le président Gbagbo et Charles Blé Goudé en liberté provisoire"

Politique | Publié le Mardi 21 Mars 2017 à 10:59:16 | |
 
Josette Kadji, avocate de Blé Goudé :

Le samedi 18 mars dernier, Josette Kadji, l’une des avocates de Charles Blé Goudé dans son procès pour crimes contre l’humanité devant la CPI était l’invitée de l’émission « Et si vous me disiez toute la vérité » de TV5 Monde. A cette occasion, avec Denise Epoté,  la journaliste, divers sujets ont été abordés notamment celui de la possible libération de son client, de la crédibilité de la Cour devant laquelle il comparait mais également la réconciliation en Côte d’Ivoire. Dans ce premier extrait, il est question de la probable libération de son client et de son mentor, l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo.

 

 

29 mars 2014, Charles Blé Goudé, accusé de crimes contre l’humanité était transféré à La Haye, son procès s’est réouvert le 6 février dernier. Un jugement qui intervient en pleine crise sur la justice rendue par la Cour pénale internationale (CPI). Josette Kadji, vous venez de rejoindre l’équipe de défense de Charles Blé Goudé, une équipe qui était déjà composée de 3 avocats ivoiriens. Qu’apporte cet élargissement de la défense de Blé Goudé, trois ans après son transfert ?

L’équipe de Charles Blé Goudé est essentiellement constituée de jeunes avocats ivoiriens. J’apporte ma petite expérience d’avocat pénal et la composition de l’équipe de Blé Goudé montre son côté panafricaniste. Il tient absolument à ce que de jeunes africains le défendent et que parmi ces jeunes africains, il y ait un petit peu de tout. Par exemple, il y a trois jeunes avocats ivoiriens, il y a une juriste kenyane, une américaine, il y a l’avocat principal qui est hollandais, cela montre l’ouverture d’esprit de Blé Goudé tout en insistant sur  son panafricanisme.

 

De nombreux témoins sont appelés à la barre depuis le 6 février dernier. Mais ce qu’on remarque, c’est que tous se récusent. Est-ce une chance pour votre client ?

Denise, je dois vous préciser que j’ai un devoir de réserve donc je n’irai pas dans le fond des dépositions des témoins mais tout le monde peut le constater puisque les audiences sont publiques, que les témoins ne disent pas apparemment ce que le procureur voudrait qu’ils disent. Ils (les témoins, ndlr) disent la vérité. Cette vérité que nous sommes chargés, nous avocats de la défense de faire jaillir.

 

Alassane Ouattara ayant décidé que plus aucun ivoirien ne serait transféré à la CPI, faut-il conclure que les autres parties prenantes à la crise ivoirienne ne seront jamais jugées par la CPI ?

Si on s’en tient aux déclarations d’Alassane Ouattara, semble-t-il, oui mais ce qui est étonnant c’est que la CPI malgré ce refus continue à vouloir juger le président Gbagbo et le ministre Blé Goudé. Alors que les textes, les articles de la CPI précisent bien que la Cour n’est compétente que quand les tribunaux nationaux ne le sont pas. Or là, en jugeant Simone Gbagbo à Abidjan, cela veut dire que les tribunaux de Côte d’Ivoire sont compétents et normalement la CPI devrait se dessaisir mais bon, ce n’est pas ce que nous voyons.

 

Mais est-ce que ce n’est pas un signal fort que les politiques ivoiriens ont voulu envoyer en transférant Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ?

Je pense que c’est plutôt un calcul politique parce que sachant que les procès sont assez longs à la CPI et voulant éloigner des adversaires potentiels et  évidents. Ce n’est pas un signal fort entant que tel, c’est plutôt un calcul politique. On a voulu éloigner le président Gbagbo et Charles Blé Goudé, qui si on s’en tient aux chiffres donnés officiellement par la communauté internationale représente quand même 48% de la population ivoirienne.

 

Il y a un cas pour lequel la CPI est revenue sur ses décisions. C’est le cas du président kenyan et de son vice-président. Elle peut donc reculer

La CPI peut reculer, bien sûr. La CPI peut décider de mettre le président Gbagbo en liberté provisoire par exemple, de mettre le ministre Charles Blé Goudé en liberté provisoire. La CPI peut reculer...

 

C’est ce que vous souhaitez pour votre client ? Une liberté provisoire ?  

La liberté n’a pas de prix, qu’elle soit même provisoire, mais elle n’a pas de prix. Même tout en continuant le procès, ce serait intéressant s’ils pouvaient recouvrir la liberté parce que le président Gbagbo a plus de 70 ans même. Il fait froid là-bas, en Hollande.

 

 

 

 

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