Le siège de l’Union africaine espionné par la Chine

Politique | Publié le Lundi 29 Janvier 2018 à 10:14:25 | |
 

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Le siège de l’Union africaine espionné par la Chine

Selon une enquête de Le Monde, voilà maintenant un an que les informaticiens du siège de l’Union africaine ont découvert que le contenu des serveurs du siège d’Addis-Abeba était transféré vers Pékin.

 

 

En 2012, la Chine fait un « don aux amis de l’Afrique », un siège flambant neuf et tout équipé pour son organisation continentale, l’Union africaine (UA).

Cinq ans plus tard, en janvier 2017, « la petite cellule informatique de l’UA a découvert que ses serveurs étaient étrangement saturés entre minuit et 2 heures du matin. Les bureaux étaient vides, l’activité en sommeil mais les transferts de données atteignaient des sommets. Un informaticien zélé s’est donc penché sur cette anomalie et s’est rendu compte que les données internes de l’UA étaient massivement détournées. Chaque nuit, les secrets de cette institution, selon plusieurs sources internes, se sont retrouvés stockés à plus de 8 000 km d’Addis-Abeba, sur des mystérieux serveurs hébergés quelque part à Shanghaï, la mégapole chinoise », révèle le confrère Le Monde.

A l’occasion du 29e sommet de l’UA qui se tenait en juillet dernier, six mois après, quatre spécialistes venus d’Algérie et des experts en cybersécurité éthiopiens découvrent des micros placés sous les bureaux et dans les murs.

Aussitôt, « sans faire de scandale » les ingénieurs chinois présents au siège d’Addis-Abeba « pour gérer les systèmes » sont remerciés. Des mesures pour renforcer la cybersécurité sont également prises.

L’UA acquiert ses propres serveurs et décline une offre de la Chine qui se propose de les configurer, toutes les communications électroniques sont désormais cryptées et les plus hauts responsables de l’institution disposent de lignes téléphoniques étrangères et d’applications plus sécurisées. Une nouvelle architecture informatique, indépendante, a également été déployée.

Il est vrai que la Chine qui s’est toujours prévalue de sa neutralité étonne, mais ce n’est pas le seul pays à se livrer à de telles pratiques.

Des archives d’Edward Snowden, l’ex-consultant de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA), démontrent que les services secrets britanniques (GCHQ) n’ont pas épargné l’UA. « Entre 2009 et 2010, plusieurs responsables ont ainsi vu leurs appels et leurs courriels interceptés », précise Le Monde.

D’autres puissances occidentales encore, comme la France, préfèrent le renseignement humain. Outre son dispositif d’espionnage technique, l’Hexagone a tenté de convaincre des chefs d’Etats africains francophones de les informer des coulisses des différents sommets. Au point d’avoir tenté de « recruter » ceux qui ont accédé à la présidence tournante de l’UA ou à la tête de la Commission, selon plusieurs d’entre eux, agacés par cette démarche « humiliante ».

L’Afrique est pour sûr une force d’avenir. Elle gagnerait à se doter d’institutions fortes à tout niveau. Une maturation nécessaire qui passe notamment par un changement de mentalité des dirigeants dont certains ne semblent pas mesurer la portée de tels actes.

L’un d’entre eux,  chef de la diplomatie d’une grande puissance africaine, confiait au confrère : « Rien à faire d’être écouté par les Chinois. Eux au moins ne nous ont jamais colonisés, ont soutenu les luttes d’indépendance sur le continent et nous aident économiquement aujourd’hui. »

 

 

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