Le Venezuela vote une loi «contre la haine», l'opposition crie au «fascisme»

Politique | Publié le Vendredi 10 Novembre 2017 à 06:11:37 | |
 
Le Venezuela vote une loi «contre la haine», l'opposition crie au «fascisme»

Au Venezuela, la Constituante, assemblée exclusivement constituée de partisans pro-Maduro, a approuvé, mercredi 9 novembre, « la loi contre la haine, pour la cohabitation pacifique et la tolérance ». Cette loi, qui avait été proposée à la Constituante par le chef de l'Etat en août dernier, a d'ores et déjà été publiée dans le journal officiel : elle établit des peines allant jusqu'à vingt ans de prison contre les personnes reconnues coupables de « délits de haine et d'intolérance ».

 

Les autorités affirment que cette loi permettra d'empêcher les violences dans le pays ; l'opposition y voit au contraire un acte de censure, « un danger pour la liberté d'expression » au Venezuela.

Car, selon le texte voté par la Constituante, les peines peuvent concerner des personnes, mais aussi des partis politiques : ils pourront être éliminés de la base du Conseil national électoral et donc rendus illégaux s'ils ne respectent pas la loi.
Et des sanctions pourront aussi s'appliquer contre les médias s'ils ne la respectent pas, allant d'amendes à la coupure du signal.

La députée Tamara Adrian y voit donc une menace contre tout parti opposé à Nicolas Maduro, à commencer par Voluntad Popular, la formation de l'opposant assigné à résidence Leopoldo Lopez.

La presse numérique ciblée

« Ce texte est un galimatia ! Cette loi se réfère à des notions hautement subjectives comme ''incitation à la haine'', ''méthodes fascistes'' sans préciser ce que cela veut dire. Très souvent, les actions du gouvernement correspondent très bien à ce qu'est ''le fascisme''. Comme pendant la dictature de Marcos Perez Jimenez dans les années 50, la dictature aujourd'hui est disposée à interdire le plus grand nombre de partis politiques et à n'accepter que les partis collaborationnistes », s'inquiète-t-elle.

Une épée de Damoclès au-dessus des partis, mais aussi de la presse. C'est ce que pense Xabier Coscojuela, directeur de Tal Cual, un média d'opposition particulièrement dans le collimateur des autorités. « Le vrai objectif de cette loi, c'est de censurer les médias et tout particulièrement ceux qui sont en ligne. Nous allons continuer d'informer, nous avons toujours essayé de trouver un équilibre et de donner des informations véridiques. Nous allons essayer d'être le plus méticuleux possible dans ce que nous publions pour ne donner aucun prétexte au gouvernement, mais nous n'allons en aucun cas nous autocensurer !  »

« Un outil pour supprimer la liberté d'expression » : c'est aussi ce que les Etats-Unis ont dénoncé jeudi pour parler de cette loi après avoir imposé de nouvelles sanctions financières contre dix fonctionnaires vénézuéliens.

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