Les soulèvements armés à répétition minent l’avenir de la Côte d'Ivoire

Politique | Publié le Vendredi 26 Mai 2017 à 20:24:31 | |
 

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Les soulèvements armés à répétition minent l’avenir de la Côte d'Ivoire

J’ai été peiné d’apprendre la mort de quatre «démobilisés» cette semaine, surtout après le décès d’un des leurs lors de la récente mutinerie des forces armées. Mes pensées vont à leurs familles, ainsi qu’aux agents des forces de l’ordre blessés au cours de leur intervention.

Ces soulèvements armés à répétition n’en demeurent pas moins profondément préoccupants. La population se retrouve périodiquement prise en otage par des hommes censés la protéger. Tant les Ivoiriens que leurs voisins, comme moi, en ont été ébranlés.

Comme la plupart des Africains de l’Ouest, j’étais heureux de voir la Côte d’Ivoire se remettre progressivement de la crise de succession prolongée suite au décès du président Houphouët-Boigny. La Côte d’Ivoire est un moteur économique pour toute la sous-région, et nos destins sont communs. Or le pays a enregistré d’impressionnants taux de croissance depuis l’arrivée au pouvoir du président Ouattara, ce qui s’est traduit par des améliorations visibles, notamment en matière d’infrastructures.

La grève des fonctionnaires, les mutineries et maintenant le soulèvement des «démobilisés» qui s’est terminé dans le sang sont venus rappeler que tous les Ivoiriens ne ressentent pas tous, ou en tout cas pas suffisamment, les fruits de cette croissance. Or je suis bien d’accord que si la croissance n’est pas largement et équitablement répartie, elle ne pourra pas être durable.

Mais sans paix, sans sécurité et sans le respect de l’État de droit, il n’y aura pas de croissance à partager et, partant, pas de développement ou d’amélioration des conditions de vie. C’est pourquoi les soulèvements armés à répétition sont profondément délétères pour l’avenir de la Côte d’Ivoire.

Les moyens employés tant par les mutins que par les démobilisés pour exprimer leurs doléances étaient non seulement illégaux, mais aussi ils n’étaient surtout pas dignes du code d’honneur et du devoir du militaire. Leurs exigences auraient dû passer par des canaux pacifiques, légaux et institutionnels, et non pas par les armes. Les responsables doivent rendre des comptes. Sinon d’autres encore pourraient être tentés de suivre leur exemple.

Le succès économique est fondé sur la confiance. C’est grâce à la confiance en la stabilité retrouvée que la Côte d’Ivoire a pu attirer tant d’investissements et d’aides internationales ces dernières années, qui ont été les moteurs de la croissance.

Mais si la confiance prend des années à gagner du terrain, elle peut être perdue en un instant, et ces incidents qui se multiplient ont effectivement miné des années d’efforts de tourner la page des chapitres sombres de l’histoire du pays. Tous les Ivoiriens en paieront les conséquences, ainsi que leurs familles, si l’instabilité et la peur du passé devaient revenir en Côte d’Ivoire.

La Côte d’Ivoire est enfin en train de se remettre d’une décennie perdue de guerre civile. Aucun patriote ne devrait mettre en danger ce processus de reconstruction. Les forces armées en particulier ont la responsabilité de protéger la nation. L’avenir du pays dépend de leur allégeance et leur respect de la Constitution. Les civils, les militaires, les démobilisés – tous les Ivoiriens – doivent primer l’intérêt supérieur de la nation. Il en va de l’avenir du pays.


PAR KOFFI ANNAN, ANCIEN SG DE L’ONU

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