Marine Le Pen au Tchad, l’incongrue visiteuse

Politique | Publié le Mercredi 22 Mars 2017 à 21:58:56 | |
 
Marine Le Pen au Tchad, l’incongrue visiteuse

La candidate du Front national est au Tchad pendant deux jours pour visiter la force française Barkhane. Mais, pour cet éditorialiste burkinabé, elle cherche une dimension internationale pour sa campagne.

Les discours enflammés de l’énergique présidente du Front national, qui tancent et taclent sans vergogne l’immigration et l’étranger, retentissent de ce côté-ci de l’Afrique, avec des notes de racisme. On se remémore encore les mots prononcés par la fille Le Pen sur le plateau du grand débat qui a réuni [lundi 20 mars] les candidats à la présidentielle française.

Droite sur ses talons, elle a réaffirmé ses idées de rejet de l’immigration. Autant d’odes à la xénophobie et au rejet de l’altérité qui ont fait grincer des dents du côté africain. À s’y méprendre, l’on aurait dit que Le Pen déteste les Africains.

Elle a de qui tenir, les chats ne font pas des chiens.

Son père disait qu’il aimait les Africains, mais chez eux !” 

Même si la fille a édulcoré et policé le discours paternel, la trame lepéniste reste. Pourtant, hier 21 mars, Marine Le Pen a atterri à Ndjamena et s’est rendue au fief d’Idriss Déby, à 900 kilomètres de la capitale, frontalière du Soudan. Tête-à-tête avec le maître des lieux et retour à Ndjamena dans la journée, où elle a eu un agenda chargé. Aujourd’hui, elle devrait s’entretenir avec les soldats de l’opération Barkhane qui guerroient contre les terroristes du Sahélistan.

 

En dépit de tous ces détails du séjour, une question cruciale se pose : Que vient-elle faire au Tchad à un mois du premier tour de la présidentielle et au lendemain d’un débat télévisuel avec les autres challengers, où elle a encore resservi les piliers de son programme anti-Europe, antimigration ? Que vient-elle donc chercher à Ndjamena, une de ces capitales de pays africains dont elle abhorre la présence des ressortissants sur le territoire de ses ancêtres, sous prétexte qu’ils n’y sont pas entrés en possession de ces bouts de paperasses criblés de tampons et autres cachets avalisant leur venue ?

Il est plausible de faire des déductions. La première raison de cette “visite” très insolite, c’est qu’il est l’heure de la campagne électorale. C’est le moment de grappiller les points et les voix où qu’ils se trouvent. Même s’il faut pour cela plonger les mains dans le cambouis et patauger dans les égouts et les marécages peu ragoûtants. En politique, il faut savoir se salir les mains et se pincer le nez pour récolter des voix aux élections. C’est ce qui pourrait expliquer que Marine Le Pen ne veuille pas d’“étranger” chez elle mais peut-être “étrangère” chez les autres.

La diablesse

En somme, la patronne du FN veut étoffer sa carapace internationale, surtout en Afrique, où elle est perçue comme une diablesse. Et surtout, se trouver un allié, au cas où elle parvienne à l’Élysée. Et le sujet du franc CFA est tout trouvé pour rapprocher le numéro un tchadien de l’icône de l’extrême droite française. Europhobe, Marine Le Pen est sur la même longueur d’onde que Déby pour que les Africains coupent le cordon ombilical qui lie le CFA à l’euro. Idriss Déby est perçu comme un des héraults de ce parricide CFA-Euro. Officiellement, la question du CFAne figure nulle part sur l’agenda, mais sans doute a-t-elle été évoquée entre les deux personnalités.

La deuxième raison est basée sur la realpolitik. Entre le Tchad et la France, il y a une longue histoire d’amour qui ne peut être facilement déteinte par le changement d’un chef à la tête de l’État. Marine Le Pen veut être présidente de la France. Elle ne l’est pas encore et elle ne devrait pas s’amuser à perdre de potentiels soutiens. L’Afrique n’a pas bonne presse à ses yeux, mais ce continent reste, à bien y voir, un faiseur de roi ignoré dans l’Hexagone.

Saluer le détachement Barkhane

La troisième et dernière raison est liée à la question sécuritaire. Un important détachement de l’armée française est basé au Tchad et revêt le nom de Barkhane. C’est l’un des bras les plus importants déployés hors des frontières de la France pour lutter contre le terrorisme et l’empêcher de nuire aux intérêts des Français. Cette opération est également ancrée au Tchad parce que son chef d’État le permet et le favorise. Il était donc difficile pour Le Pen de dire bonjour aux soldats français sans saluer celui qui les abrite.

Et avec les éléments de Barkhane, la question sécuritaire aura aussi un retentissement sur sa campagne, car c’est un sujet d’ailleurs qui sera au cœur de cette bataille électorale pour l’Élysée.

En attendant de connaître son discours sur le sens qu’elle voudra donner aux relations franco-africaines (une autre explication de son séjour au Tchad), il est clair que le cocktail fait de rejet de l’immigration et d’indépendance de la France [devra accepter de la modération].

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