Morts de soldats de l'ONU en Côte d'Ivoire: un ex-ministre de Gbagbo devant les juges

Politique | Publié le Mardi 19 Decembre 2017 à 11:19:04 | |
 
Morts de soldats de l'ONU en Côte d'Ivoire: un ex-ministre de Gbagbo devant les juges

Le procès pour « complicité d’assassinat » d'Hubert Oulaye, ancien ministre de Laurent Gbagbo, qui s'est ouvert hier se poursuit ce mardi. Au cœur du dossier : une embuscade meurtrière menée en 2012 par des miliciens et des mercenaires libériens qui a coûté la vie à sept Casque bleus, un soldat ivoirien et au moins huit civils.

 

On en sait un peu plus sur ce que la justice reproche précisément à Hubert Oulaye, 64 ans, ex-ministre de Laurent Gbagbo et membre influent du Front populaire ivoirien (FPI) tendance Aboudramane Sangaré. Selon son acte d’accusation, lu ce lundi 18 décembre 2017 à l’ouverture de son procès à la cour d’assises du tribunal du Plateau, à Abidjan, il est poursuivi pour « complicité d’assassinat ».

La justice soupçonne ce baron du FPI, jadis très actif dans la région de l’ouest, d’avoir financé à hauteur de 2 millions FCFA (environ 3 000 euros), un groupe armé présent dans l’ouest du pays qui a notamment tendu une embuscade mortelle dans un village à la frontière du Liberia.

Sept Casques bleus, un soldat ivoirien et huit civils tués

Nous sommes le 8 juin 2012. L’ouest de la Côte d’Ivoire est le théâtre d’attaques armées récurrentes, attribuées à des anciens miliciens et militaires déserteurs pro-Gbagbo, appuyés de mercenaires libériens. L’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) reçoit des informations faisant état d’une attaque contre des civils dans le village de Sao, dans la région de Taï.

Des Casques bleus basés à Guiglo, ville natale d’Hubert Oulaye, sont envoyés en patrouille, sur le théâtre des opérations. Ils tombent dans une embuscade. Alors qu’ils se dirigent vers le village où étaient signalées les attaques, ils essuient des tirs de nombreux éléments armés non identifiés et embusqués dans la forêt, sur la route reliant le village voisin de Para à Sao, le long de la frontière avec le Liberia.

Sept Casques bleus nigériens et un soldat ivoirien sont tués. Le même jour, dans une attaque distincte, mais en lien avec la première, au moins huit civils sont tués, quinze selon d’autres informations.

Exécutants et hommes de main

La première journée d’audience a été consacrée à l’audition du co-accusé d’Hubert Oulaye, Maurice Djiré, un villageois de Guiglo, âgé de 37 ans, s’exprimant en langue locale Guéré, et accusé d’être un exécutant. Celui-ci a soutenu avoir été torturé lors de ses interrogatoires et ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés. Tous les deux plaident non coupables.

Me Toussaint Dako, l’un des avocats de Oulaye dénonce un « dossier vide » et qualifie la comparution de son client de « procès politique ». Oulaye avait été arrêté début mai 2015, en même temps que deux autres cadres du FPI tendance Sangaré, qui avaient participé quelques jours plus tôt à un congrès organisé à Mama, village natal de Gbagbo, et contesté par Pascal Affi N’Guessan, président légal du FPI.

Libéré début juin 2017, pour raisons médicales, Oulaye comparaît libre. « Je ne sais pas pourquoi j’ai été arrêté, avait-il confié à des proches. Je ne sais pas pourquoi j’ai été libéré. »

Selon l’acte d’accusation, deux mercenaires libériens arrêtés et jugés dans leur pays auraient reconnu être impliqués dans l’attaque. Ils auraient déclaré avoir reçu des « fonds venant d’hommes politiques ivoiriens, dont Hubert Oulaye », par le biais d’un « intermédiaire », Didier Goulia, considéré par l’accusation comme « l’homme de main d’Oulaye dans la zone ouest ». Ce dernier fut chef de village dans le département de Guiglo.

Dans sa déposition, l’ancien ministre nie les faits qui lui sont reprochés, affirmant qu’il donnait parfois de l’argent à Goulia, mais seulement pour « aider à sa subsistance » et jamais plus de « 15 000 FCFA ».

Deux autres piliers de l’ancien régime de Laurent Gbagbo doivent comparaître, dans les prochains jours : Lida Kouassi, ex-ministre de la Défense accusé « d’atteinte à la sûreté de l’Etat » et Jean-Noël Abehi, ex-commandant de l’escadron blindé de la gendarmerie nationale, accusé de « complot contre l’autorité de l’État ».

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