ONU-Casques bleus : Un mal nécessaire en Afrique ?

Politique | Publié le Jeudi 19 Octobre 2017 à 10:35:04 | |
 
ONU-Casques bleus : Un mal nécessaire en Afrique ?

Le samedi 14 octobre dernier, le Burundi, par la voix de Térence Ntahiraja, porte-parole du ministère de l'Intérieur et de la Formation Patriotique a accusé l'Organisation des Nations Unies (ONU) "d'être de mèche" avec le Rwanda dans la "distribution d'armes" à des putschistes burundais réfugiés sur son sol. Une accusation qui rejoint plusieurs autres du même genre sur le continent.

 

 

« Ce qui est malheureux, l'ONU est en train de collaborer avec le Rwanda ici à côté et les putschistes dans la distribution des armes dans les camps de réfugiés burundais ». Ces mots sont de Térence Ntahiraja, porte-parole et assistant du ministre burundais de l’Intérieur. Il les a prononcés en marge d'une manifestation organisée par les autorités de la province urbaine de Bujumbura-Mairie, ce 14 octobre. Des accusations graves qui ne sont malheureusement pas isolées.

 

Force de maintien de la paix ?

Quelques années en arrière, c’est la Côte d’Ivoire qui évoquait le sujet.

On se rappelle qu’en fin 2010-début 2011, alors que le pays traversait la plus grave crise postélectorale de son histoire, le camp du président sortant, Laurent Gbagbo, dénonçait à corps et à cris, vidéos (amateurs) à l’appui, la partialité de l’opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Des accusations que l’instance internationale a toujours réfutées.

Hormis le cas ivoirien, et celui plus récent du Burundi, on pourrait également citer l’affaire qui a fait grand bruit en 2015, concernant le Nigeria. En effet, cette année-là, selon Afrique Média TV, chaîne panafricaine, « un container frappé du sceau des Nations Unies a été saisi au Nord du Cameroun, transportant des armes et matériels militaires en direction de Boko Haram »

Au Rwanda, l’ONU est également indexée pour avoir choisi de retirer ses casques bleus au plus fort des tueries en avril 1994, en plein génocide. Même si ici, elle n’a pas été accusée de prêter main forte à un camp, en prenant la poudre d’escampette, l’organisation ne s’est pas non plus interposée, choisissant ainsi de laisser périr 800 000 personnes. Ce qu’en 2014, Ban Ki Moon, alors secrétaire général de l’ONU, a qualifié de « honte ».

Une honte parmi d’autres que trainent les Nations Unies depuis des décennies.

Au Soudan du Sud en juillet 2016, les mêmes casques bleus se sont révélés « incapables de protéger des civils, des travailleurs humanitaires et des diplomates lors de violences à Juba » pour reprendre les conclusions d’un rapport de la mission onusienne au sud-Soudan.

Toujours au Soudan du Sud, au Burundi, au Liberia, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Mali, en RDC, en Sierra Leone et même hors du continent (en Haïti, au Cambodge, en ex-Yougoslavie), les casques bleus sont cités dans des centaines affaires d’abus sexuels sur femmes et enfants. Nombre d’entre eux ont été reconnus coupables.

 

Le temps de la réforme ?

Ces faits, mis ensemble, ne font que ternir un peu plus l’image d’une organisation elle-même déjà accusée de servir les seuls intérêts des grandes puissances.

Si l’impartialité des forces onusiennes est remise en cause dans leur mission de paix, c’est peut être le signe qu’il est temps de repenser la politique d’intervention, en Afrique notamment. Comme le préconisait en mai dernier son nouveau secrétaire général à l’occasion de la Journée internationale des casques bleus. Antonio Guterres veut rendre les opérations de paix de l'organisation multilatérales plus efficaces en les adaptant aux défis du monde actuel.

Peut-être est-il temps d’accepter courageusement de jouer franc jeu en se contentant d’être effectivement une force tampon mue par le seul souci de protéger les vies des civils et construire une paix durable dans les pays fragilisés par la guerre.

Ou du moins d’oser traiter (tout aussi courageusement) les Africains et leurs Etats au même titre que leurs voisins nantis, qui si besoin est de le rappeler, tirent l’essentiel de leurs ressources (de leurs richesses), ici, dans la terre mère.

 

 

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