RDC : Kabila, le pouvoir au prix de l'insécurité ?

Politique | Publié le Vendredi 26 Mai 2017 à 08:18:53 | |
 

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RDC : Kabila, le pouvoir au prix de l'insécurité ?

 Président depuis 16 ans, Joseph Kabila s'accroche à son fauteuil. Et nombre d'indices montrent qu'il est prêt à faire payer au pays le prix fort.

Tout faire pour retarder l'organisation des élections et, si possible, changer la Constitution afin de briguer un nouveau mandat. C'est manifestement l'objectif de Joseph Kabila, théoriquement empêché de se succéder à lui-même au Congo-Kinshasa. D'est en ouest, le pays sombre peu à peu dans une violence entretenue savamment – disent certains – par les autorités. Analyse.

À l'est, des troubles récurrents

S'il y avait un enfer sur terre,Beni en serait la capitale. Depuis près de trois ans, cette ville-pandémonium, située au Nord-Kivu à quelques encablures du Parc national des Virunga, connaît les pires atrocités : massacres à l'arme blanche, décapitations, enlèvements, etc. Le bilan est lourd : plus de 700 morts parmi les civils depuis octobre 2014. À en croire les autorités congolaises, ces méfaits seraient commis par les ADF-Nalu (Allied Democratic Forces – National Army of Liberation of Uganda), un mouvement hétéroclite composé pour l'essentiel d'opposants ougandais réfugiés depuis plus de vingt ans en territoire congolais. Ceux-ci auraient, selon Kinshasa, « retourné » leurs armes contre la population civile après que l'armée congolaise eut commencé à les pourchasser. Mais la réalité semble plus complexe : les témoignages évoquant une collusion entre les ADF-Nalu et certains éléments des FARDC, l'armée congolaise, sous le regard passif de la Monusco, abondent.

Au-delà de Beni, ville martyre, c'est une grande partie de l'est de la RDC qui est sujette depuis plus de vingt ans à une instabilité chronique. C'est le cas en particulier des provinces du Nordet du Sud-Kivu. Infestées de milices armées qui pillent, violent, tuent, les populations locales y vivent un véritable calvaire. Toujours à l'est, mais plus au sud, l'ex-province cuprifère du Katanga, aujourd'hui hyper-militarisée par le pouvoir qui cherche à la contrôler, n'est pas non plus épargnée. Gédéon Kyungu, un criminel de guerre réputé pour sa cruauté, s'est évadé en septembre 2011 dans des conditions suspectes de la prison de Kasapa à Lubumbashi avant de rallier en octobre 2016 le pouvoir, qui le couvre depuis de ses bienveillances. En contrepartie de quoi ? Selon cet expert des questions de défense en RDC, qui réside à Lubumbashi, « Kinshasa entendrait utiliser Gédéon pour entretenir l'insécurité dans l'ex-Katanga. Ici comme ailleurs, elle servira de prétexte au gouvernement pour justifier le report des élections ».

Au centre, le Kasaï dans la tourmente

Depuis plusieurs mois, le Kasaï est frappé à son tour par la violence. En août 2016, le chef des Kamuina Nsapu, puissante autorité coutumière, qui s'était révolté contre les autorités de Kinshasa à la suite de leur refus de le reconnaître, avait été tué, amorçant ainsi un cycle de violences qui touche désormais huit des provinces du centre du pays. Ici aussi le bilan est dramatique : des centaines de morts, plus de 40 charniers dénombrés par l'ONU, 1,27 million de déplacés, 20 000 personnes réfugiées en Angola. La situation est telle sur le plan humanitaire que la commission chargée de l'organisation des élections (CENI) a affirmé qu'elle n'était pas en mesure d'enrôler les électeurs au Kasaï, berceau de l'UDPS et bastion de l'opposition tshisekediste. « Comme il paraît peu probable d'organiser le scrutin sans ces provinces, on s'achemine vers un nouveau report de la présidentielle », fait observer le journaliste Christophe Rigaud sur le site d'information Afrikarabia.com.

Signe de la tension extrême qui règne dans cette partie du pays, l'assassinat en mars dernier de deux experts de l'ONU, Zaida Catalàn et Michael Sharp, tous deux chargés d'enquêter sur les violences au Kasaï. Les autorités congolaises, enregistrement vidéo à l'appui, ont accusé les Kamuina Nsapu d'être les auteurs de ce double meurtre. Mais beaucoup doutent de cette version des faits « un peu facile ». Dans ce contexte explosif, les dernières révélations du New York Timesont fait l'effet d'une bombe. Le quotidien américain a révélé que Clément Kanku, un ministre congolais du gouvernement précédent, celui de Samy Badibanga, serait impliqué dans les massacres au Kasaï et que Zaida Catalàn détenait un enregistrement audio qui prouvait les liens entre Clément Kanku et la milice Kamuina Nsapu. Joseph Kabila avait-il nommé Kanku pour stopper l'insurrection, comme le laisse entendre le New York Times, ou pour une autre raison ? Le mystère demeure à ce jour. Quoi qu'il en soit, comme le relève avec justesse Christophe Rigaud, « en jouant ainsi avec le feu, le pouvoir réussit au moins le principal : cultiver le chaos pour empêcher la tenue des élections et espérer pouvoir organiser un référendum pour présenter une nouvelle candidature de Joseph Kabila ».

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