Zimbabwe: Les militaires veulent surtout écarter Grace Mugabe

Politique | Publié le Jeudi 16 Novembre 2017 à 08:57:30 | |
 

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Zimbabwe: Les militaires veulent surtout écarter Grace Mugabe

  Coup d'Etat militaire et fin de régime Mugabe ou, plus nuancé, correctif à la tête de l'Etat pour maintenir le système, mais sans Robert Mugabe: une chose est sûre, les événements actuels au Zimbabwe visent à accélérer la transition en écartant surtout la femme du président, selon des experts.

 

"Ça se rapproche très nettement d'un coup d'Etat militaire", affirme à l'agence de presse suisse ats Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), en charge de l'Afrique. "On y est, c'est la fin du pouvoir de Robert Mugabe". 

Pour lui, il s'agit d'une réponse de l'armée face à l'éviction récente du vice-président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, l'un des successeurs potentiels du vieux président, et face à la peur de voir dès lors la femme de Robert Mugabe, Grace, être la favorite à la succession de son mari. 

M. Hugon rappelle l'impopularité de la première dame auprès de l'armée et de la population, femme "légère et dépensière" à leurs yeux. "C'est un revirement total de situation" étant donné la fidélité et la loyauté de l'armée au chef de l'Etat jusqu'à présent, relève-t-il. "C'est donc une position nouvelle contre Robert et Grace Mugabe (...). Il n'y avait jamais eu de failles jusqu'ici dans l'armée ou dans la police", souligne l'expert de l'IRIS. 

"Ignorante des affaires publiques"
Daniel Compagnon, professeur de Science politique à Sciences Po Bordeaux et spécialiste du Zimbabwe, se veut plus nuancé. "Cela fait 20 ans qu'il y a un débat sur la succession de Robert Mugabe avec des rivalités importantes et luttes factionnelles entre les élites du parti au pouvoir", dit-il à l'ats. Il ne croit pas à un véritable coup d'Etat militaire. "Il s'agit plutôt d'une correction de la tête de l'Etat", affirme-t-il. 

L'armée et certains caciques du parti au pouvoir ne veulent surtout pas prendre le risque de voir Grace arriver à la tête de l'Etat. Car avec elle, c'est une nouvelle caste d'élite, plus jeune, qui veut sa part du gâteau et c'est aussi l'incarnation de la corruption du système Mugabe, explique-t-il en substance. 

Si "l'astucieuse" Grace Mugabe a pu apprendre la grammaire politique, elle est ignorante des affaires publiques, juge M. Compagnon. Elle "a dévoilé son jeu trop vite (...). Le message de rupture avec l'éviction du vice-président a été trop brutal et insécurisant", analyse-t-il. "C'était la goutte de trop".

 

"Au bout du rouleau"
M. Compagnon n'écarte pas non plus l'idée d'un Robert Mugabe, 93 ans, "manipulé par sa femme, affaibli, moins lucide, au bout du rouleau et contrôlant aussi moins bien son parti". Finalement, l'intervention de l'armée vise surtout à éviter un après-Mugabe sanglant, selon ce spécialiste du Zimbabwe. 

Et tout se résume à ça: "comment faire survivre le système Mugabe mais sans Robert Mugabe? La transition la plus acceptable, la plus éclairée, la plus rassurante aussi pour les investisseurs, c'est le retour de M. Mnangagwa", estime-t-il. Le vice-président "va lâcher du lest par rapport à Robert Mugabe, mais tout en gardant la main sur le système actuel (...). Je crains que l'on reparte pour un tour", ajoute-t-il. 

"Pas de printemps zimbabwéen"
Si l'action de l'armée traduit la fin du régime Mugabe, selon M. Hugon, il ne croit cependant pas à un "Printemps zimbabwéen". "Je ne pense pas qu'il y aura de débordements ni de révolte et encore moins de révolution de la part de la population (...). Tout au plus des manifestations de soutien à l'armée, dit-il. 

"La population ne va pas se mobiliser pour Grace Mugabe", renchérit M. Compagnon. L'expert de l'IRIS pense que l'armée va destituer Robert Mugabe et prendre "provisoirement" le pouvoir avant de laisser la place au jeu démocratique et donc à des élections. Quant à M. Mugabe, il le voit finir dans une maison de retraite ou en exil dans un pays africain voisin. 

"Je ne pense pas qu'il y aura de procès dans son pays au vu de son statut historique, héros de la guerre d'indépendance." M. Compagnon imagine éventuellement la possibilité de garder symboliquement Robert Mugabe comme "président potiche", afin d'assurer un Congrès "harmonieux et sans éclatement" du parti au pouvoir en décembre, avant les législatives de 2018.

 
 
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