Devant vous, quelqu’un s’est affaissé sans crier gare. Heureusement, vous avez eu le réflexe d’amortir tant bien que mal sa chute. Bien joué. Mais ensuite ? Avez-vous examiné la personne évanouie et avez-vous pu déterminer s’il était nécessaire d’appeler les secours ? Dr Marc Van Nuffelen, chef du service des urgences à l’Hôpital Erasme à Bruxelles, explique quels sont les gestes adéquats à accomplir dans de tels cas. « Analyser les “circonstances” qui ont amené la personne à perdre conscience est donc la première chose à envisager. Est-elle tombée dans la rue ou à son domicile ? A-t-elle des antécédents d’une maladie ? Certaines circonstances parlent d’elles-mêmes : une personne dépressive retrouvée dans son lit avec des médicaments éparpillés autour d’elle, une autre qui tombe alors qu’il fait caniculaire… les causes sont alors rapidement établies. » Mais parfois, le doute persiste. Dans ce cas, il est nécessaire d’agir de façon systématique. « Si, dans la rue, vous vous trouvez devant une personne inanimée, il convient de vérifier deux paramètres, nous explique le Dr Van Nuffelen. 1. Est-elle consciente ? Peut-on communiquer avec elle verbalement ou par stimulation douloureuse ? (On peut le tester par exemple en lui pinçant les joues). 2. Respire-t-elle ? Si vous pouvez répondre “oui” à ces deux questions, vous en conclurez que la personne ne se trouve pas en arrêt cardiaque. Dans le cas contraire, l’appel aux services d’urgence s’impose. » Si la personne ne répond à aucune de vos sollicitations, il faut commencer immédiatement un massage cardiaque. Si elle respire malgré tout ou balbutie quelques mots, le mieux est de la placer sur le côté, en position dite “de sécurité” et de dégager ses voies respiratoires en attendant les secours. Un autre risque doit être pris en compte si la personne a chuté de toute sa hauteur, surtout si elle est âgée : celui de s’être fracturé le bassin ou le col du fémur, de s’être luxé l’épaule ou d’avoir subi un traumatisme facial. Les secours sont habilités dans ce cas à prendre en charge la personne différemment, en protégeant notamment sa colonne vertébrale et sa tête.

À l’origine d’une perte de connaissance

La chute ou le pic de tension

La durée d’un évanouissement varie en fonction de sa cause. Dans le cas d’une simple "chute de tension", l’état d’inconscience peut durer une à deux minutes. Au-delà, on doit commencer à s’inquiéter. « Dans le cas d’hypotension, on a la tête qui tourne et l’on peut tomber à tout moment, prévient le Dr Van Nuffelen. L’hypertension, quant à elle, ne provoque pas directement de malaise. En revanche, un pic d’hypertension peut occasionner une hémorragie cérébrale qui sera alors suivie d’une perte de connaissance. Avant que cela n’arrive, les personnes se plaignent généralement de mouchettes devant les yeux et d’un important mal de tête (elles ont l’impression d’avoir "le cœur qui bat dans la tête", symptôme du cœur "qui pompe"). »

Le malaise vagal

Il s’agit d’une des causes les plus fréquentes d’évanouissement. Il peut être dû à une situation de stress intense dans un milieu confiné. C’est le cas des étudiants en examen qui commencent par ressentir une bouffée de chaleur, de la sudation et généralement une hyperventilation (respiration rapide) devant la porte du professeur et tombent en syncope. Il suffit dans ce cas de les coucher et de surélever rapidement leurs jambes. Une douleur intense peut être une autre cause de malaise vagal : ce sont le plus souvent des douleurs crampoïdes de type abdominal. Isoler la personne au calme est la meilleure chose à faire dans ce cas.

L’insolation ou coup de chaleur

Être resté trop longtemps au soleil ou dans la chaleur expose au risque d’évanouissement. Il faut abriter rapidement la personne victime d’une insolation en la plaçant à l’ombre et lui faire boire de l’eau. L’idée est de la rafraîchir au maximum pour évacuer la chaleur. « Ce n’est pas grave en soi, sauf que si on néglige ce signal d’alarme et que l’on reste au soleil, l’organisme finit alors par être dépassé dans sa fonction de régulation de température. Cela peut entraîner des complications médicales non négligeables, comme une déshydratation importante, des crises de convulsions, voire le coma. »

L’arrêt cardiaque

C’est le plus grave : le malaise directement lié au dysfonctionnement d’un organe, par exemple lorsque le cerveau n’est plus irrigué par le sang car la pompe cardiaque ne fonctionne plus. Le cœur s’arrête de battre. La personne est inconsciente, ne répond plus aux stimulus et ne respire plus. On peut alors considérer qu’elle est en arrêt cardiaque et on doit entamer un massage cardiaque.

L’insuffisance valvulaire

Le cœur est formé de quatre cavités séparées par des clapets appelés valves. Dans le cas où la personne souffre d’insuffisance valvulaire, le débit cardiaque (du sang vers le cerveau) se révèle insuffisant et cela peut provoquer une syncope. Ce problème, s’il est négligé, pourrait se révéler un jour fatal pour le patient concerné.

Un défaut de la conduction électrique du cœur

Ce défaut de conduction du circuit électrique du cœur peut entraîner une perte de connaissance, soit parce que le cœur bat trop lentement, soit parce qu’il bat trop vite. Dans un cas comme dans l’autre, il y a un manque de sang qui arrive au cerveau, se traduisant par une perte de connaissance.

Une crise d’épilepsie

« La crise épileptique ne prévient pas », observe le Dr Van Nuffelen.. Dans ce cas, une partie du cerveau décharge une activité électrique extrêmement importante. Les membres de la personne bougent dans tous les sens et malgré cela, elle peut être inconsciente. « Il faut intervenir rapidement car plus la crise est longue, plus c’est mauvais pour le cerveau. » Dans ce cas, seul le corps médical peut intervenir, via l’injection d’un médicament. En attendant, il convient de contenir les mouvements de la personne pour qu’elle ne se blesse pas et de protéger sa langue, par exemple en lui glissant un portefeuille entre les dents.

Des convulsions fébriles

Un enfant peut perdre connaissance suite à une brusque montée de température. Dans ce cas, il convulse, ce qui fait penser à une crise d’épilepsie. Il convient dans ce cas de diminuer sa température (bain tiède, médicament fébrifuge) et de vérifier par la suite, si cet épisode se répète, s’il n’y a pas une autre pathologie sous-jacente (épilepsie).

Une intoxication

On peut perdre connaissance suite à une intoxication volontaire (somnifères, alcool…). Il convient dans ce cas de détoxifier l’organisme pour aider le patient à émerger et de protéger ses voies respiratoires (il risque d’étouffer car sa langue peut basculer vers l’arrière). L’intoxication accidentelle au monoxyde de carbone peut entraîner maux de tête, nausées, vomissements et enfin perte de connaissance. Si elle se prolonge, la personne risque le coma et l’œdème cérébral. Il faut donc la sortir de la pièce le plus rapidement possible et appeler les secours qui lui donneront une grande quantité d’oxygène.