À Lagos, la police nigériane rase sans prévenir un bidonville sur l’eau

Société | Publié le Jeudi 13 Avril 2017 à 07:35:27 | |
 
À Lagos, la police nigériane rase sans prévenir un bidonville sur l’eau

Il était 5 h 30 dimanche 9 avril quand des hommes en uniforme ont débarqué dans le bidonville d’Otodo Gbamé, en banlieue de Lagos. Les habitants ont fui, prenant ce qu’ils pouvaient, dans des barques depuis lesquelles ils ont regardé les officiers de la force d’intervention de l’État de Lagos réduire en cendres leurs logements. Les autorités invoquent des raisons de sécurité et de salubrité, mais pour les ONG, il y a surtout une volonté de développer un parc immobilier à cet endroit.

 

 

 
 

"Ils tiraient alors que nous fuyions sur l’eau"

 

Tina Edukpo

Tina est étudiante et vivait à Otodo Gbamé.

J’ai été réveillée très tôt et j’ai entendu que les forces de l’ordre allaient venir chez nous. Nous avons entendu un coup de feu, les gens ont commencé à courir, sans pouvoir emporter la plupart de leurs biens. Les forces de l’ordre sont arrivées en nombre, ils ont commencé à tirer en l’air alors que nous fuyions par l’eau. J’ai pu être embarquée par quelqu’un dans son bateau, j’y suis restée de 6 h  du matin à 18 h, sans eau ni nourriture. Nous avons attendu qu’ils partent. Ils ont incendié nos habitations, nous n’avons plus nulle part où aller.

Sollicité à plusieurs reprises par France 24, l’État de Lagos a refusé de répondre à nos questions. Sur son compte Twitter, il affirme en tout cas que l’expulsion des habitants d’Otodo Gbamé a été menée dans le but de déloger des criminels qui "mettaient au point des plans pour attaquer" les zones aisées de Victoria Island et Lekki Island, situées à proximité du bidonville, dont ils sont accusés de s’être servis comme base.

Photo: Justice and Empowerment Initiatives

 
Un long processus vers l’expulsion

Cette expulsion de force est en fait la dernière étape d’un long processus visant à expulser les habitants d’Otodo Gbamé. Le 9 octobre 2016 , le gouverneur de l’État de Lagos, Akinwunmi Ambode, avait publié une ordonnance d’évacuation des logements sous sept jours. Elle a été annulée par un jugement de la Haute Cour de l'État  le 7 novembre, qui stipulait que toute destruction ou expulsion devait être précédée d’une injonction.

Mais deux jours plus tard, le 9 novembre, un feu s'est déclenché à Otodo Gbamé, réduisant en cendres des centaines de logements. Un témoin de la scène a assuré à Amnesty International avoir vu la police empêcher des résidents d’éteindre le feu. Et de nombreux autres témoins ont dit avoir vu la police faire sortir les résidents et allumer de nouveaux foyers de feu au cours de la nuit. Puis, le 11 novembre, 30 000 personnes ont été forcées de quitter leur logement, suscitant des critiques au niveau international, de la part d’ONG de défense des droits de l’Homme notamment...L'article complet en un clic sur France24.com
 
 
 

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