La Banque Française BNP Paribas visée par une plainte pour complicité de crime contre l’humanité au Rwanda

Société | Publié le Mardi 04 Juillet 2017 à 21:41:17 | |
 

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La Banque Française BNP Paribas visée par une plainte pour complicité de crime contre l’humanité au Rwanda

Le rôle des banques dans le génocide rwandais. Le génocide rwandais a fait environ 800000 morts entre avril et juillet 1994.  C’est une première en France : la banque BNP Paribas est visée par une plainte pour complicité de crime contre l’humanité au Rwanda. L’association Sherpa, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda et l’ONG Ibuka accusent la banque d’avoir permis l’achat d’armes utilisées ensuite par les génocidaires.

 

Selon la plainte, BNP Paribas a autorisé la Banque nationale du Rwanda à effectuer un virement de plus d’un million de dollars vers le compte d’un marchand d’armes. Ce marchand d’armes, un Sud-Africain, était en contact avec l’un des principaux responsables du génocide rwandais, le colonel Bagosora. Et tous les deux ont acheté aux Seychelles 80 tonnes d’armes et de munitions qui ont été envoyées d’abord à Goma, au Zaïre, puis distribuées aux milices hutues à Gisenyi au Rwanda.

La BNP ne pouvait pas ignorer les intentions du régime rwandais. C’est sur cette conviction que repose la plainte des trois associations. Au moment où la banque française a autorisé la Banque nationale du Rwanda à faire un virement de son compte parisien vers un compte en Suisse, le génocide avait déjà commencé depuis deux mois. Au milieu du mois de juin, les exactions du pouvoir en place à Kigali étaient déjà connues. Et selon la plainte, la BNP aurait dû en tenir compte.

C’est aussi ce que pense l’un des responsables de la banque belge Bruxelles Lambert, cité dans la plainte. Cet homme, un temps détaché à Kigali, explique que sa banque avait gelé les comptes du Rwanda et bloqué l’utilisation des chèques-voyages que possédait le régime. Selon lui, le milieu bancaire avait une parfaite connaissance des exactions en cours au Rwanda.

A l’époque, il n’existait pas encore de loi sur la vigilance des entreprises, mais déjà quelques réglementations, notamment une loi précisant que tout transfert d’argent supérieur à 150 000 € nécessitait une attention particulière. Dans ce cas, l’organisme financier devait déjà se renseigner sur le destinataire du virement.

En l’occurrence, un marchand d’armes sud-africain qui connaissait le colonel rwandais Bagosora, considéré comme l’un des principaux responsables du génocide.

La banque française BNP Paribas accusée de complicité de génocide

Deux mois après le début des massacres au Rwanda et un mois à peine après la décision de l’ONU d’imposer un embargo sur les armes, BNP Paribas a donc autorisé le régime rwandais à transférer 1,3 million de dollars vers un compte en Suisse. Le compte du marchand d’armes sud-africain qui se trouvait aux Seychelles avec le colonel Bagosora.

La suite, c’est le colonel Bagosora lui-même qui l’a racontée, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda : « Il y a eu deux départs vers Goma ». Des avions chargés d’armes et de munitions. « Je pensais rester pour le troisième tour mais un homme qui était bien renseigné m’a dit : « Si vous ne partez pas, ils vont vous arrêter ». » Le colonel rwandais a donc quitté les Seychelles avec la deuxième livraison d’armes, et la dernière a été annulée par le gouvernement des Seychelles après les doutes exprimés par l’opposition et la presse.

Selon la plainte, d’autres questions se posent. Car sur 1,3 million de dollars débloqués par la BNP, le gouvernement des Seychelles n’a reçu que 330 000 dollars pour les armes livrées à Goma. Les associations pensent que le million restant a dû servir à acheter d’autres armes, par des biais que l’on ne connaît pas encore.


Survie dépose une nouvelle plainte

L’association Survie a déposé mercredi 28 juin une nouvelle plainte dans le dossier des ventes d’armes présumés par la France à des génocidaires rwandais en 1994. Il y a deux ans, l’organisation avait déjà déposé plainte contre les responsables politiques et militaires français de l’époque. L’ancien président François Mitterand et plusieurs ministres étaient visés, mais la plainte avait été classée sans suite. Cette fois, Survie relance la procédure en se constituant partie civile.

Quand le parquet ne se saisit pas suffisamment d’une affaire en se constituant partie civile, on force en quelques sortes la justice à se mettre en mouvement…

Thomas Borrel, porte-parole de l’ONG

 Par Sébastien Nemeth

Par Africa24monde Avec RFI

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