Le paradoxe des plumes d’Afrique

Société | Publié le Jeudi 08 Juin 2017 à 11:01:38 | |
 
Le paradoxe des plumes d’Afrique

Selon quels critères les écrivains africains de langue française accèdent-ils à la reconnaissance ? La sociologue Claire Ducournau propose une étude ambitieuse.

L’élection de Léopold ­Sédar Senghor à l’Académie en 1983 réparait-elle l’injuste négligence dont les écrivains africains de langue française avaient jusqu’alors pâti ? Si l’événement fut perçu comme tel par une large partie de la presse (non sans une certaine maladresse : « Le premier Noir en habit vert », titraient L’Humanité et Libération), son entrée sous la Coupole s’avéra plus ambiguë que prévu. En effet, le même jour fut élu Jacques Soustelle, ethnologue et homme politique qui avait dû s’exiler dans les années 1960 en raison de son soutien à l’OAS durant la guerre d’Algérie.

Garanties symboliques

Quant au grand poète sénégalais, on rappela qu’avant de devenir le premier président du Sénégal en 1960 (et cela pour vingt ans), il avait préféré, pour l’Afrique française, l’autonomie au sein d’une fédération plutôt que l’indépendance. Ou encore que sa défense de l’humanisme pouvait passer pour trop conciliante à l’égard du colonialisme. Détenteur de toutes les garanties symboliques exigées – agrégation de grammaire, catholicisme strict, auteur d’une Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française (PUF, 1948) préfacée par Sartre… –, Senghor apparaissait aux yeux d’écrivains africains plus jeunes comme une caution que se donnait l’Académie, désireuse, ainsi que le critique Bernard Frank l’écrivit dans l’une de ses chroniques au vitriol, de se « blanchir » mais sans prendre de risques exagérés.

Singulier en raison de la complexité de son parcours politique, le cas de Senghor illustre néanmoins les difficultés que soulève la notion de « classique africain », dont Claire Ducournau propose ici une étude ambitieuse. Situé dans le sillage de la sociologie littéraire que pratique Gisèle ­Sapiro.

 

 

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