Longtemps taboue en Algérie, la question du racisme provoque un vif débat public

Société | Publié le Vendredi 30 Juin 2017 à 17:10:55 | |
 
Longtemps taboue en Algérie, la question du racisme provoque un vif débat public

L’intellectuel algérien Kamel Daoud a joint sa voix à toutes celles qui ont dénoncé le racisme en Algérie, suite à une violente campagne qui a visé les migrants subsahariens la semaine dernière.

La semaine dernière, un hashtag viral rédigé en arabe sur Twitter (#لا_للافارقه_في_الجزاير, Non aux Africains en Algérie) a enflammé les réseaux sociaux algériensLe Point Afrique a traduit certains de ces tweets, parfois accompagnés de photos de migrants subsahariens : "Rentrez chez vous", "Chassons-les pour préserver nos enfants et nos sœurs", "Ils violent et répandent le sida dans nos villes."

Cette violente campagne xénophobe s’est poursuivie jusqu’à dans les colonnes de certains médias locaux, rapporte le site en question, alors que les tweets incriminés feraient l’objet d’une enquête selon plusieurs journaux algériens.

"Nous devons réagir et montrer que les personnes qui tiennent ces propos ne reflètent pas l’ensemble de la société algérienne. Nous sommes un pays africain. Nous avons des compatriotes qui ont une couleur de peau plus foncée. Il est important que nous travaillions sur la tolérance et l’acceptation de nos différences", avait riposté Hassina Oussedik. La directrice d’Amnesty International Algérie a également appelé les autorités à prendre des mesures contre le racisme et les appels à la violence. 

Parmi les nombreuses autres voix qui se sont élevées, dans la presse ou sur les réseaux sociaux, pour dénoncer ce phénomène et cette campagne, celle de Kamel Daoud. Dans une tribune intitulée "Une extrême droite arabe", l’intellectuel et écrivain algérien, menacé de mort dans son pays d'origine, s’est attaqué dans sa chronique hebdomadaire publiée dans le magazine Le Point, à cette "vague de racisme qui traverse l’Algérie ces jours-ci".

"Le racisme se durcit, devient violent, s’exprime sans tabou"

Estimant que "le racisme se durcit, devient violent, s’exprime sans tabou", le lauréat du prix Goncourt du premier roman en 2015 pour "Meursault, contre-enquête", regrette le fait que le racisme, généralement associé à un vice occidental, soit nié en Algérie et dans le monde dit "arabe".

Et ce, à cause d’un "refus d’admettre le racisme chez soi, en soi, pour le dénoncer sans cesse chez l’autre, derrière la Méditerranée". Et d’ajouter : "à cause de l’effet écran, vaniteux, du héros de la décolonisation, peut-être. Ou de la victimisation abusive".

Selon "Médecins du monde", les personnes originaires d’Afrique subsaharienne présentes sur le sol algérien, "qu’elles soient installées définitivement ou en attente de partir vers l’Europe", sont "stigmatisées, souvent victimes de violence".

Ces dernières années, les Observateurs de France 24 ont rapporté à plusieurs reprises des cas de mauvais traitementsd’expulsions arbitraires et de discriminations raciales basées sur l’origine ou la couleur de peau des victimes, des migrants souvent livrés à eux-mêmes dans le centre ou en périphérie des villes algériennes.

 

                                                      France 24

 

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