Prostituée free-lance /Nour la marocaine : Lumière la nuit, sombre le jour

Société | Publié le Jeudi 06 Avril 2017 à 17:32:20 | |
 
Prostituée free-lance /Nour la marocaine : Lumière la nuit, sombre le jour

Nour est une jeune marocaine vivant de la prostitution à Abidjan. Contrairement à beaucoup d’autres “collègues’’ pour qui tout passe nécessairement par un proxénète ou une maquerelle, la belle brune opère, elle, en « free-lance ». Elle n’a besoin que de son téléphone portable pour « travailler ». Ce métier, le plus vieux du monde, est pour elle un sacrifice pour permettre à ses proches de mener une vie digne.

 

Nour se prostitue depuis l’âge de 16 ans, elle en a aujourd’hui 25. Partie de son pays natal, le Maroc, où elle a débuté, la belle s’est installée il y a maintenant deux ans en Côte d’Ivoire. Pour de nombreuses filles en provenance du Maghreb, l’Afrique de l’Ouest, et plus singulièrement la Côte d’Ivoire et le Sénégal, constituent un des marchés les plus prisés en matière de prostitution. La législation y est plus souple, ce qui permet d’exercer plus librement,  anonymement (loin des regards désapprobateurs de la famille et de la société majoritairement  musulmane). En plus, on y retrouve une importante diaspora arabe, leur clientèle.

 

Le guide de la prostituée free-lance

Nour est une belle petite brune aux longs cheveux et aux jambes fines. La nuit, elle est parfaite. Maquillage léger, talon aiguille, robe moulante, large sourire en coin, l’air très naturel. C’est une véritable lumière comme son nom l’indique (Nour signifie Lumière en arabe) qui apparait et illumine le restaurant et fait sortir de leurs orbites les yeux des « clients ». Assise avec eux, elle rit très fort à leur causerie, complimente ces amis, qui sont impérativement de riches et puissants personnages.

Dans son métier, Nour travaille seule, sans chaperon, maquerelle ou « manager ». Elle connait tout le monde, les taxis, les flics, les maquereaux, les videurs de boîte. Elle se contente de son téléphone et de ses contacts. « Il suffit de sortir dans les bons endroits pour chasser les bons pigeons et respecter quelques petites règles.

Règle numéro 1 : jamais de clients noirs, sinon plus personne ne te touchera.

Règle numéro 2 : ne pique pas la clientèle des autres. « Il y a beaucoup de free-lance à Abidjan, on se connaît. Et puis, les maquerelles nous surveillent de près. J’ai déjà reçu un verre au visage parce que je m’approchais trop près d’un client », explique-t-elle.

Pour travailler, Nour consomme beaucoup d’alcool. Ça aide à « supporter » les clients, selon elle. Elle parle beaucoup pour éviter le sommeil.

 

Nour se montre toujours gentille, ouverte et disponible. Mais, tout ceci n’est que mascarade. La belle affiche cette personnalité pour aguicher ses « clients » et faire son travail. Mais le jour venu, une fois que s’éteignent les projecteurs de la nuit, la réalité la rattrape et Nour redevient elle-même, une jeune femme triste de devoir vendre son corps pour subvenir aux besoins des siens.

 

Se « sacrifier » pour donner aux siens une vie digne

En effet, Nour est entrée dans ce monde vicieux pour trouver de quoi subvenir aux besoins de ses proches. « Je me suis sacrifiée pour mes frères », admet-elle l’âme en peine. N’ayant jamais connu son père, elle perd sa mère à l’âge de 14 ans et doit aller vivre chez son oncle avec ses deux frères. La maison de l’oncle ne comprend qu’une seule pièce que Nour et ses frères partagent avec le reste de la famille : leur tante et leurs trois cousines. Seul soutien de la famille, l’oncle qui peine à faire face à toutes les charges retire Nour de l’école et lui demande de gagner de l’argent. La jeune fille de 16 ans ne trouve malheureusement pas mieux à faire que de « vendre » son corps, dans la rue. Là, elle “réalise’’ que sa vie n’a plus de valeur et décide d’éviter le même sort à ses jeunes frères qui, eux, ont encore la possibilité de s’en sortir.

Elle accepte de supporter les animosités et perversités de certains clients, pour certes gagner sa vie mais aussi et surtout aider ses frères restés au pays à devenir des hommes dignes. Chaque mois, Nour gagne entre 2 500 et 3 000 euros (environ 1 million 625 et 1 million 950 mille FCFA). Elle leur envoie la moitié. Aujourd’hui, le plus jeune passe le Bac, l’autre est étudiant en droit.

La prostitution est pour sûre une mauvaise voie, mais elle aura permis à cette jeune femme n’ayant rien ni personne sur qui réellement compter d’assurer un avenir honorable à ses proches. Comme quoi même du pire peut venir le meilleur...

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