Vie et mort de Lumumba: quand la France encensait le dirigeant nationaliste

Société | Publié le Vendredi 30 Juin 2017 à 17:55:46 | |
 
Vie et mort de Lumumba: quand la France encensait le dirigeant nationaliste

C’est l’indépendance, enfin. A Léopoldville, les cérémonies sont empreintes de solennité. En ce 30 juin 1960, Baudoin, roi des Belges, et Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo, prononcent des discours historiques. Deux hommes, deux mondes, s’affrontent. Des documents récemment déclassifiés par le ministère français des Affaires étrangères décrivent l’escalade qui débouchera sur une crise internationale et l’assassinat de Lumumba.

 

 

Après le pape, dont on a lu un message, la parole est au roi. Au Palais de la Nation, ancienne résidence du gouverneur général, le jeune Baudoin vante le « génie du roi Léopold II », l’ex-propriétaire du Congo. Puis, c’est au tour de Patrice Lumumba, dirigeant charismatique qui incarne, au Congo et bien au-delà, l’anticolonialisme qui gagne l’Afrique et l’Asie. Le Premier ministre élu s’adresse aux Congolais – et non au roi --, charge la Belgique et dénonce « l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force ».

Le corps diplomatique, réuni pour l’occasion, est sidéré. La puissance coloniale devait remettre le pouvoir en grande pompe aux nouveaux maîtres de Léopoldville. En lieu et place, c’est le choc de deux hommes, de deux mondes.

Pour tenir Paris au courant, l’ambassadeur de France, Pierre-Albert Charpentier, rédige un télégramme sur les discours prononcés. Celui de Baudoin, flatteur pour la Belgique, était « à l’extrême opposé de l’autocritique », raille l’ambassadeur.

Celui de Lumumba, rapporte le diplomate, se résumait quant à lui à « une violente diatribe contre le régime d’exploiteurs, de fusilleurs et de colonialistes dont le Congo était enfin débarrassé ». Les propos du Premier ministre embarrassent visiblement Baudoin qui, relève cet observateur attentif, « parlait avec ses voisins ».

« L’étoffe d’un homme d’État »

L’ambassadeur reconnaît des qualités au Premier ministre. Malgré sa jeunesse – il n’a que 35 ans --, il personnifie la nation congolaise face à de « frustes chefs de clans » empêtrés dans « leurs intérêts (et) leurs haines traditionnelles », estime-t-il.

Dans les télégrammes qu’il envoie par télex au Quai d’Orsay (siège du ministère des Affaires étrangères à Paris), Charpentier ne dissimule pas son admiration pour « l’habile, l’agressif, le courageux M. Lumumba ». A ses yeux, sa personnalité « se détache nettement des hommes politiques falots qui l’entourent ». Dans un autre câble, cet observateur va encore plus loin, déplorant l’absence d’hommes politiques au Congo -- « en dehors du Premier ministre ».

Cela n’empêche pas Charpentier de craindre que le chef du gouvernement ne se transforme vite en chef tout court. « Il est probable que (…) Lumumba sera, dans quelques mois, l’homme fort du Congo, écrit-il, le 7 juillet 1960. Ce qui est rassurant car il a, d’après ceux qui le connaissent, l’étoffe d’un homme d’État, mais préoccupant quand on sait son admiration pour Nkrumah et pour Nasser. »

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