Souleymane Coulibaly : "Si je retournait en Egypte, on allait me tuer"

Sport | Publié le Mercredi 07 Juin 2017 à 10:14:13 | |
 
Souleymane Coulibaly :

L'ivoirien Souleymane Coulibaly s’exprime pour la première fois depuis son départ avec fracas du National Al Ahly. L’ex-sociétaire de Tottenham et de Kilmarnock a des mots très durs à l’endroit des Diables Rouges, pourtant réputés en Egypte pour leur éthique et leur professionnalisme.

L’ancien recordman des buts inscrit en Coupe du Monde des moins de 17 ans avec les Éléphants de Côte d'Ivoire (2011) accuse Al Ahly en attendant que la FIFA ne tranche son litige avec le club centenaire.

Interview exclusive réalisé par FRÉDÉRIC NKEUNA de football365.fr.

Souleymane, comment allez-vous depuis votre départ d’Al-Ahly et où êtes-vous en ce moment ?

Déjà je tiens à vous faire part de mon soulagement parce que, il y a encore peu de temps je n’avais pas le droit d’accorder des interviews. Le club me l’avait interdit de peur que je dévoile certaines choses. Désormais je suis libre de m’exprimer puisque je ne suis plus un joueur d’Al-Ahly.

Actuellement, je suis en Angleterre avec ma famille. J’ai abandonné Al-Ahly parce que j’en avais marre, je ne me sentais plus en sécurité en Egypte. On ne m’a jamais donné l’occasion d’obtenir un entretien avec mon président afin que je lui fasse part de mes problèmes. On a soigneusement évité de me donner son numéro de téléphone.

Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez décidé de quitter le club après seulement cinq mois ?

Comme je l’ai expliqué dans mon communiqué sur les réseaux sociaux, j’étais arrivé à bout. Je ne sais pas si vous connaissez mon histoire. En 2013 lorsque j’étais à Tottenham, je suis parti en congé en Côte d’Ivoire et malheureusement j’ai traversé une période de dépression. C’est pour éviter que ça ne recommence cette fois et que je perde une saison comme en 2013, que j’ai préféré quitter l’Egypte.

Avant d’en arriver là, j’ai tout fait pour avoir une discussion avec le président, mais en vain. J’ai vécu un calvaire au Caire. On me demandait par exemple de fêter mes buts en me prosternant. Je suis musulman pratiquant. Je n’ai pas besoin de montrer au monde entier que je suis musulman. Cette obligation de se prosterner ne m’arrangeait pas. Au-delà de cette anecdote, la manière de vivre et le style de jeu sur le terrain ne me convenaient pas non plus. Certains coéquipiers comme Abdallah (Saïd) ou Hossam Ghaly évitaient de me donner de bons ballons. Pourtant, tous les ballons devaient transiter par eux, et malgré mes incessants appels de balles, ils m’ignoraient.

Autre chose qui me gênait, c’est le fait que le club confisque mon passeport. Pourtant un étranger en Egypte a toujours besoin de son passeport, ne serait-ce que pour faire ses démarches administratives ou pour inscrire son enfant à l’école. Le jour où j’ai eu la chance de récupérer mon passeport à mon retour du Cameroun (où Al-Ahly était parti jouer le 23 mai à Garoua contre Coton Sport pour le compte de la 2eme journée de la phase de poule, victoire 2-0) j’ai aussitôt pris le premier vol pour l’Angleterre.

Pourtant vous célébriez à votre manière dans certains de vos buts, en faisant des saltos…

Oui c’est vrai mais après, célébrer en se prosternant c’était nouveau pour moi. J’ai vite compris que c’était la norme en Egypte. Un autre détail m’a marqué, c’est le fait de ne pas avoir le droit de donner d’interview à quiconque. En gros, tu n’as même pas le droit de t’exprimer. Sinon on te donne carrément une amende si tu accordes la moindre interview. Pour moi qui ai toujours joué en Europe, c’était quelque chose de bizarre.

Dans votre communiqué, vous avez parlé de pression sur votre famille qui est chrétienne.

Oui, tout le monde me poursuivait. Ma famille qui est chrétienne, n’avait pas la possibilité de pratiquer notre religion. C’était compliqué. En plus ma femme est enceinte actuellement et cette ambiance ne lui plaisait pas. J’ai essayé de trouver un compromis avec mes agents. Ils m’ont proposé d’aller au Caire pour m’excuser auprès du club afin que tout rentre dans l’ordre, pour qu’ensuite on trouve une solution pour mon départ. Mais si je retournais en Egypte on allait me tuer. Mes agents m’ont alors lâché.

Quand avez-vous pris la décision de partir ?

J’ai pris cette décision à l’issue de mon deuxième mois. J’étais en forme avec mon club précédent, Kilmarnock en Ecosse, et je marquais régulièrement. Puis Al-Ahly m’a acheté. Lors des deux premiers mois, on m’a laissé à la maison et je regardais nos matchs à la télé. Personne n’a été capable de me donner une explication. Mais soyons sérieux, tu ne peux pas marquer 11 buts dans la première partie d’un championnat en Ecosse, et que l’on te recrute pour te mettre sur le banc pendant deux semaines sans explications.

Toutefois, j’ai gardé mon calme parce que j’estimais qu’il était trop tôt pour se plaindre. Lors d’un match, l’équipe était en difficulté et on m’a fait rentrer en cours de jeu. J’ai inscrit un doublé et nous avons gagné. C’est pour ça que j’ai eu la chance de devenir enfin titulaire. Malgré mes buts, on m’attendait au tournant. A Al-Ahly où la communication est inexistante, tu ne peux pas parler au président. Le coach ne te parle jamais, on t’interdit les interviews. A qui devais-je donc faire part de mes problèmes?

Cette affaire, n’est t’elle pas une stratégie pour faciliter votre départ vers un autre club ? En tout cas Al-Ahly a décidé de porter l’affaire devant la FIFA…

Je jure devant Dieu que je n’ai pas de club en vue. Je suis sans club, sans agent, et je vis à l’hôtel actuellement avec ma femme. La seule chose que j’attends c’est la décision de la FIFA. Si Dieu me donne la chance de pouvoir rejouer bientôt, je ferais plaisir à mes nouveaux fans. Mais dans le cas contraire j’assumerai. Je suis optimiste parce que je dis la vérité.

 Vos anciens coéquipiers, le Nigérian Junior Ajayi et l’international tunisien Ali Maaloul qui formaient avec vous la colonie étrangère du Ahly et avec qui vous étiez très proches n’ont pas pris votre défense. Ils démentent vos propos…

Je suis forcément déçu. Ma femme m’avait prévenu de ne pas leur faire confiance. Pourtant quand Junior était cantonné au banc et que ça n’allait pas, c’est moi qui lui donnais des conseils, car j’ai l’expérience du haut niveau. Notre match face à Zanaco pour le compte de la première journée de la phase de poule en ligue des Champions était le meilleur match de Junior, parce j’ai eu une discussion avec lui avant le match. Il se plaignait de la pression que lui mettait le club et cette pression l’annihilait.

Chaque fois qu’on voyageait, nous avions avec Maaloul et Junior, des discussions portant sur les dysfonctionnements de l’équipe. Je leur disais qu’en Europe ça ne se passait pas comme ça. Et eux me répondaient que même en Tunisie ça se passait différemment. Que là-bas c’est comme en Europe. J’ai donc été étonné de la réaction de Junior et de Maaloul. Je pense qu’ils veulent sauver leur peau. Mais ils ont oublié comment ils dénigraient le club. Quand je vois des anciens collègues se comporter avec moi ainsi, cela me fait mal. C’est hypocrite de leur part.

Vous avez su conquérir en peu de temps le cœur des supporters, qui sont forcément très déçus…

Au départ ils m’ont bien traité. Mais aujourd’hui je reçois régulièrement des messages où me traitent de menteur. Ils insultent ma maman ou ma femme. J’ai même reçu des menaces de mort si je retourne en Egypte. J’ai juste à leur souhaiter bonne chance. Qu’ils n’oublient pas que j’ai marqué des buts importants qui ont contribué à ce qu’Al-Ahly gagne son 39eme titre de champion d’Egypte.

Quel est le bilan tirez-vous de ce court passage en Egypte ?

J’ai marqué 6 buts en 12 matchs. Des buts importants. Je suis champion d’Egypte. Le seul hic, c’est la conclusion… Sans vouloir manquer de respect à l’Egypte, son championnat n’est pas de haut niveau parce qu’un joueur ne peut pas être sur la touche pendant deux mois, avant de revenir, de marquer six buts et de devenir meilleur joueur du mois. Il faut dire que je suis costaud dans ma tête et c’est grâce à ça que j’ai pu tenir.

Que conseilleriez-vous à un Africain qui ambitionne d’aller jouer en Egypte ?

S’aguerrir au maximum et aller directement en Europe. Quand vous jouez dans un pays d’Afrique du Nord, vous vous heurtez à la politique du club et à la mentalité de l’équipe. Bref, je conseille aux joueurs africains de faire l’effort d’aller passer des tests en Europe plutôt que de céder à la sirène de l’argent des pays arabes. Parce que la reconnaissance du talent passe avant l’argent.

 

 

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